Page:Revue des Deux Mondes - 1913 - tome 17.djvu/447

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

En ses dits candide et prudente,
En ses faits loyale et vaillante,
Et m’aime du profond du cœur.
Tu lui diras : « Jeanne ma sœur,
Pour accomplir la délivrance,
Jésus vous fait soldat de France. »


Ces vers sont dépourvus de toutes qualités plastiques et la rime n’en est pas riche, mais ils reproduisent à peu près textuellement l’original du XVe siècle ; la mère de Villon, « pauvrette et ancienne, » y eût reconnu « Jeanne la bonne Lorraine, Qu’Anglais brûlèrent à Rouen. » C’est l’essentiel.

Comme on l’a vu, Jeanne n’apparaît pas au premier acte. Mais maintenant toute la pièce lui appartient. Le second acte expose, — et juxtapose comme les compartimens d’un vitrail ancien, — les étapes du voyage miraculeux. C’est, à Domremy, la visite de l’archange que Jeanne reconnaît pour l’avoir vu en peinture dans l’église de son village. C’est, à Vaucouleurs, l’entrevue avec Baudricourt. C’est, à Chinon, la « reconnaissance » du Dauphin ; puis la quête de l’épée de Fierbois Jeanne spécifie qu’elle portera cette épée dans les combats, mais qu’elle se promet bien de ne jamais s’en servir :


C’est bien assez de voir les horreurs de la guerre
Dont nos envahisseurs font un mal nécessaire.


D’une façon générale, elle est contre la guerre. D’après elle, l’usage de l’épée est permis, à condition que ce soit pour la défensive, jamais pour l’offensive. Il y a là une distinction dont il est impossible que vous ne saisissiez pas l’importance.

Le troisième acte nous ramène à Orléans. Jeanne somme les Anglais de retourner chez eux, et, n’ayant obtenu pour toute réponse que de grossières injures, elle guide les Français à l’assaut des Tourelles. Elle est blessée. C’est pour elle l’occasion d’exposer sa profession de foi, et de protester à nouveau contre les guerres de conquête, ce qui semble être sa constante préoccupation, ou même contre toute espèce de guerre.


Soit Anglais, soit Français, n’est-on pas des humains ?...
Oh ! puisse un jour venir, au lieu de ces tueries,
La fraternité des patries !
Que tout peuple, sans guerroyer,
Reste paisible en son foyer !


Ici M. Fabre a soin de nous avertir que ce qu’il fait dire à