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un voyage à sparte.

pour cette recette. — Je me dis toujours qu’à la première occasion où j’aurai quelque argent de poche, il me faudra t’acheter une foule de choses à la Pensée et chez Petit. Le numéro du 1er mars de la Revue des Revues contient mon article sur la Crète. Il est signé XXX. Cet article arrive à point pour liquider mes dépenses d’hôtel. C’est, une satisfaction pour moi, lorsque, avec le produit de mon travail d’intelligence, j’arrive à couvrir mes dépenses matérielles. — Il y a du soleil ; je vais me lever dans l’après-midi. Très heureusement, mon indisposition, quoique fréquente, ne dure jamais plus d’une couple d’heures, trois tout au plus. — J’ai sur ma table une série d’articles qui m’attendent. Les sujets grecs me passionnent en particulier. Je corresponds toujours avec mes amis d’Athènes. Ils me voudraient là. Moi, je m’y souhaite. À la suite du bombardement de la Canée, j’ai rédigé, j’ai fait signer et j’ai porté, à la tête d’une délégation, au ministère de la Grèce, l’adresse dont tu as dû lire le texte dans le journal… »


Triste chose que l’exil, fût-ce à Paris, et qu’il s’agisse de Dante, dans la rue du Fouarre, ou du jeune Oriental, sur qui tombe notre pluie au sortir des fêtes brillantes du monde cosmopolite.

Vers le mois de mai 1897, durant la guerre gréco-turque, Tigrane put retourner dans sa chère Athènes. Les hommes politiques, les littérateurs, les journalistes l’accueillirent avec admiration, et c’est là qu’il écrivit ses meilleurs articles.

Les amitiés d’hommes sont des collaborations d’idées. Tigrane m’adressait les documens de sa vie publique, il ne m’écrivit rien d’une pleurésie qui, dans l’été de 1897, le mit très bas. Il voulut la soigner en Égypte, mais il y souffrit d’un hiver exceptionnellement froid et revint à Athènes où il se sentait moins triste de sa maladie. Bientôt il fallut quitter cette terre de consolation et suivre à Constantinople sa mère qui, prévenue par des amis, était venue le chercher. Elle nous a dit qu’en revoyant cette fameuse rade où les collines de Galata, d’Eyoub et de Stamboul dessinent avec la mer un immense sarcophage, il murmura : « Un tombeau ! »

Il mourut dans l’île des Princes, sur la mer de Marmara, le 1er décembre 1899, âgé de vingt-neuf ans, épuisé de longues souffrances et sans bénéfice public.

Sa mère m’a écrit : « En me quittant, en 1896, Tigrane me