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CHRYSOSTOME ET EUDOXIE.


en bijoux, en pierres précieuses, en or massif, s’y trouvaient à foison. Le patriarche en fit le siége, accompagné du préfet et du maître des milices, dont il requit l’assistance, parce que les païens se montraient résolus à protéger ce dernier asile de leur croyance. Tout fut pillé, et le patriarche, par délicatesse de religion, fit main basse sur les idoles d’or : ces idoles, au dire des écrivains du temps, il ne les détestait pas, bien au contraire, et il en amassa de grandes collections qu’il enfouissait dans les caveaux de son palais épiscopal ; c’est ainsi que s’alimentaient les trésors de Théophile.

Les chrétiens laissaient passer sans beaucoup crier ces spoliations cachées sous le voile de l’enthousiasme religieux, mais ils supportèrent moins patiemment celles que le patriarche faisait tomber sur les biens de leurs églises ou sur leurs fortunes privées. Théophile effectivement se montrait fort impartial vis-à-vis des lieux consacrés à un culte public, pourvu qu’ils fussent riches, et, sans employer la force contre les églises de sa juridiction ou les hôpitaux chrétiens, il les dépouillait sans plus de scrupule que les temples du polythéisme. Aucuns fonds, même ceux des pauvres, n’étaient à l’abri de ses détournemens. Il avait près de lui une sœur qui partageait sa passion pour l’or, et extorquait de son côté tout ce qu’elle pouvait de donations ou de legs dont la destination était l’église ou les pauvres ; elle le faisait au moyen de fidéicommis dont elle s’appropriait les dépôts. Ses pratiques étaient devenues notoires dans Alexandrie, et, une maladie cruelle l’ayant emportée à la fleur de l’âge, on ne manqua pas d’y voir un châtiment du ciel. Théophile, comme je l’ai dit, employait le fruit de ses rapines, en partie à mener dans son évêché un train magnifique qui éclipsait celui des officiers civils, en partie à construire des églises. Il en éleva plusieurs fort belles, à ce qu’il paraît, et faisait grand bruit de ces constructions, fidèle à son abominable système de couvrir toujours ses méfaits de la gloire et du service de Dieu.

Un de ses suffragans peignait en ces termes d’une amertume fort originale l’état où était tombée la chrétienté égyptienne sous un pareil pasteur. « L’Égypte, disait-il, est revenue à son iniquité première ; elle rejette Moïse et se range au parti de Pharaon. Elle flagelle les faibles et accable ceux qui sont dans l’affliction ; elle bâtit des villes et prive les ouvriers de leur salaire. Voilà ce qu’elle fait sous le bâton pastoral d’un Théophile, ami passionné des pierres, mais surtout idolâtre de l’or. » Un autre contemporain ajoute que le patriarche d’Alexandrie poussait ses vengeances jusqu’au sang et à l’assassinat, et un troisième résume ainsi son caractère : « Il n’aima et ne favorisa que les méchans, gardant la persécution pour les bons. »

Or, un jour de l’année 402, une riche matrone se présenta chez