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le marbre. Il est probable que, dans un âge plus avancé ; il aurait conçu cette figure d’une manière plus indépendante et plus hardie. À l’époque où il la modelait, il était encore sous la domination intellectuelle de Pierre Guérin, c’est-à-dire qu’il n’avait pas encore trouvé le moyen de concilier le respect de la tradition avec la liberté de l’invention. La tête de l’Apollon Citharède est d’un caractère élevé. La poitrine est modelée d’une main ferme et habile ; mais les lignes des membres inférieurs manquent de variété, et puis la chlamyde, jetée sur les épaules du dieu semble taillée dans une étoile trop étroite. Quels que soient les défauts qu’on puisse reprocher à l’Apollon du Belvédère, il faut reconnaître du moins que la draperie est tout à la fois abondante et d’une merveilleuse légèreté.

Mercure se préparant à hier Argus est, selon moi, bien supérieur à l’Apollon Citharède. Il y a dans cette figure une science profonde, une finesse d’expression qui ne peuvent être conquises que par un travail persévérant, une méditation assidue. Il serait difficile d’imaginer une figure dont l’attitude et la physionomie traduisent plus clairement la volonté du statuaire. Ici déjà nous apercevons une plus grande liberté d’allure ; l’originalité de Fogelberg se caractérise de plus en plus nettement.

La Vénus à la pomme, Vénus après le jugement de Pâris, se recommande à la fois par la souplesse du corps et par la fierté du visage. On devine dans le sourire, dans le regard d’Aphrodite la joie que lui donne son triomphe sur Minerve et sur Junon. Sous ce rapport, la figure ne laisse rien à désirer. Peut-être la draperie serait-elle d’un meilleur effet, si l’auteur l’eut placée un peu plus près de la hanche droite, car elle coupe la ligne de la cuisse : il est probable que Fogelberg a cédé au désir de modeler le ventre et la hanche, et de montrer ce qu’il avait conquis dans le commerce alterné de la nature et de l’antiquité ; mais toute la partie supérieure du corps est d’une grâce et d’une puissance qui révèlent la déesse maîtresse des dieux et des hommes. Le mouvement du bras droit, qui tient la pomme, est du goût le plus pur. Pour concevoir une telle figure et pour la mener à bonne fin, il ne suffit pas de puiser aux sources les plus généreuses, il faut posséder une délicatesse de pensée que les leçons les plus savantes ne sauraient donner.

Fogelberg avait songé de bonne heure à la mythologie Scandinave comme à une source féconde de renouvellement pour l’art suédois, qui s’énervait de plus en plus. Avant même de quitter Stockholm, il avait ébauché Thor,Balder, et Odin, qu’il devait exécuter plus tard, dans la maturité de son talent, après avoir amélioré ses premiers projets. À proprement parler, c’est à cette mythologie qu’il faut rapporter la révélation complète de ses facultés. Jusqu’au jour