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DE LA PUISSANCE ANGLAISE DANS L’INDE ET EN CHINE.

dont ils soient revêtus, seront désormais subordonnés à cette conviction officielle de l’ignorance où se trouvait l’empereur des infractions au droit des gens et aux principes les plus sacrés de l’humanité et de la justice, commises par ses délégués à Canton. L’Angleterre avait, en effet, un intérêt immense à amener, par la combinaison de mesures énergiques avec les ressources ordinaires de la diplomatie, le rétablissement du commerce légal entre elle et la Chine.

Le commerce de la Chine est lié si étroitement, depuis quelques années, avec celui de l’Inde, qu’on ne peut guère les séparer dans l’évaluation des ressources de l’empire hindo-britannique. C’est cette combinaison intime des intérêts mercantiles des Indes et de la Chine qui a donné à la rupture momentanée entre l’Angleterre et le céleste empire une importance beaucoup plus grande qu’on n’aurait dû s’y attendre, si l’on n’eût envisagé que l’état plus ou moins prospère du trafic de l’opium. La Chine était, par le fait, le milieu principal par lequel s’opéraient les grands échanges commerciaux entre l’Inde, l’Amérique et l’Europe, ce qui faisait dire à l’un des membres de la commission nommée par la chambre des lords pour s’enquérir de l’état commercial de l’Inde, qu’interrompre le commerce de Canton, c’était interrompre le commerce du monde entier[1]. En 1837-38, on pouvait estimer la masse des exportations de l’Inde et de la Chine pour la Grande-Bretagne à 9,600,000 livres sterling (environ 245,000,000 de francs). L’indigo figure dans ce compte pour environ 2,000,000 liv. sterl. (à peu près 50,000,000 de francs), le thé pour près de 60,000,000 de francs, le coton pour plus de 20,000,000, etc. Les exportations se balançaient, du côté de l’Angleterre, 1o par les remises annuelles faites par l’Inde anglaise, soit pour compte du gouvernement, soit pour compte des particuliers, se montant à plus de 90,000,000 de francs ; 2o par les importations de produits de manufactures anglaises (dans l’Inde et en Chine) s’élevant à 79,000,000 ; du côté de l’Inde anglaise, par la vente de l’opium et du coton qui réalisaient au profit de cette balance de 76 à 80,000,000 de francs.

En présence de ces faits, on se figure aisément quels dangers entraînait pour l’avenir du commerce anglais, et conséquemment pour la Grande-Bretagne elle-même, la suspension de la bonne intelligence entre les deux états, et on comprend de quelle importance il était

  1. Le rapport de la commission des lords a été imprimé par ordre de la chambre des communes, le 4 juin 1840. Un premier rapport de la commission nommée par les communes a également été imprimé le 21 juillet dernier. — 2 vol. in-fo.