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est le foyer. C’est la vertu, c’est la force, c’est la tendance de l’ame à s’élever au plus haut possible, pour embrasser d’un regard plus de choses que le vulgaire, et pour semer sur un champ plus vaste les bienfaits de sa puissance. C’est l’ambition généreuse, c’est la foi, c’est la science, c’est l’art, c’est toutes les formes que prend la divinité humaine pour régner. C’est pourquoi régner, même en vertu des droits les plus grossiers et les plus iniques, même au prix du repos et de la vie, a toujours été le plus ardent désir des hommes, et il ne faut pas s’en étonner. Régner tant bien que mal, c’est exercer un semblant de vertu et de force morale. Si les paroles humaines ont un sens dans le grand livre de la nature, ces deux paroles sont absolument synonymes, et déjà dans notre langue elles le sont souvent. — J’ai écrit tout à l’heure, régner en vertu d’un droit inique, ce qui est très français, je crois, et ne présente aucun contre-sens que je sache.

Tout ce qui est difficile à faire excite l’étonnement des hommes et mérite leur admiration en raison progressive de l’avantage qu’ils retirent de cet emploi de forces ; et comme rien dans les œuvres de Dieu ne peut être, aux yeux de l’homme, plus grand et plus précieux que sa propre existence, il est évident que ce qu’il appelle le sentiment de l’équité naturelle est la conscience raisonnée de ce qui lui est utile. Le plus simple effort de ce raisonnement lui prouvant qu’il ne peut vivre isolé, il a dû, au sortir de l’état le plus primitif qu’on puisse supposer, s’essayer aux associations et se grouper par peuplades autour d’un système de lois dictées par les plus habiles ou les plus forts. Ceux qui ont réussi à faire ces lois à leur avantage personnel ont commencé la guerre éternelle entre les hommes de résistance et les hommes d’oppression. À leur tour, les hommes de résistance ont combattu et sont devenus oppresseurs par le droit de la force. Dans tout cela, où est la justice ?

Levez-vous, hommes choisis, hommes divins, qui avez inventé la vertu ! Vous avez imaginé une félicité moins grossière que celle des hommes sensuels, plus orgueilleuse que celle des braves. Vous avez découvert qu’il y avait, dans l’amour et dans la reconnaissance de vos frères, plus de jouissance que dans toutes les possessions qu’ils se disputaient. Alors, retranchant de votre