Page:Revue de métaphysique et de morale - 9.djvu/296

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
288
REVUE DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALE.

moment donné sous peine de souffrance, ce qui suppose une connaissance précise des directions. On voit dans quelle erreur sont tombés ceux qui ont voulu faire de la résistance, qui est en réalité une perception complexe, une impression simple et primitive. Cette erreur résulte de ce qu’ils ont pris pour un fait ce qui est en réalité une idée, faite elle-même d’idées : on ne constate point la résistance, on la suppose, on la pense.

Les variétés possibles de la résistance sont innombrables : tantôt l’obstacle disparaît après une faible résistance ; tantôt des obstacles peu résistants se multiplient et se succèdent ; tantôt le mouvement se continue malgré une résistance constante ; de là les notions de dur, de mou, de pâteux, de visqueux, de pulvérulent, de rugueux, de poli, etc. De ces notions variées et bien distinctes résultent des séries bien mieux déterminées, c’est-à-dire une connaissance bien plus précise des distances.

Connaissant avec plus de précision les distances, les directions et les séries, nous pouvons alors former la notion importante d’objet transportable, c’est-à-dire de la possibilité, pour nous, de changer de place une série déterminée et de l’intercaler dans une autre série. Corrélativement à cette notion se développe l’idée de poids qui n’est que l’idée d’une résistance constante, sans changement de forme et dans une direction constante, de la part d’un objet transportable.

Enfin de toutes ces idées résulte une connaissance plus précise de la forme. Une résistance constante accompagnée d’un mouvement dans une direction constante donne l’idée tactile d’une surface plane ; une résistance constante avec un changement de direction à un moment donné forme l’idée d’angle. Enfin une résistance constante accompagnée d’un changement constant dans la direction donne l’idée de surface courbe.

Il n’est pas inutile de noter le rôle des impressions de température dans notre connaissance des objets. C’est principalement d’après le chaud ou le froid que nous connaissons par le toucher la présence d’un gaz, et ceux qui mouillent leur doigt pour savoir d’où vient le vent savent bien que le froid est ce qui nous signale principalement le contact de l’air ; il semble en être à peu près de même pour le liquide, avec cette différence que les impressions de chaleur ou de froid sont alors mieux délimitées quant à leur étendue. Mais en réalité le contact de l’eau est à peine sensible au toucher si l’eau