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CE QUI TUE LES RÉPUBLIQUES.

laquelle la République devait se trouver aux prises. Au moment où le Gouvernement provisoire faisait l’inventaire de la situation, elle pouvait s’analyser ainsi : une dette flottante de 700 millions, une dette publique constituée de 7 milliards.

Sur ce débet énorme, 900 millions exigibles au mois de mars ; la Banque de France en détresse, ayant besoin d’être secourue loin de pouvoir venir en aide au gouvernement ; la lettre de change, ce papier-monnaie qui est la vie du commerce, discréditée et comme frappée de mort ; deux milliards d’actions industrielles dont le remboursement entraînait la faillite de toutes les compagnies et la suspension de tous les travaux.

Et, planant sur ce tableau, la conscience chez tout le monde d’un mal possible dont on comprenait l’immensité, si on n’en connaissait pas la nature, cette terreur du capital qui arrête le mouvement, suspend les opérations et centuple les difficultés par la stupeur, cause et résultat de toutes les commotions publiques. Pour faire face à toutes les exigences, pour payer les créanciers de l’État, secourir la Banque assiégée de demandes et vidant ses caves sans combler cet abîme de la dette ; pour rendre au commerce le crédit, l’essor à l’industrie, à la société l’espoir, le gouvernement trouvait en caisse 192 millions.

Il lui fallait en quelques jours accomplir des réformes politiques, des réformes sociales, des miracles de finances !

La réforme politique était au premier rang des actes du pouvoir nouveau. C’était une révolution dans les principes qui ne changeait en un instant ni les choses ni les hommes. Pourtant il en est des gouvernements pour les peuples, comme de l’air qu’il respire pour l’homme : ils sont d’autant plus féconds qu’ils impriment aux esprits une impulsion plus vive, et l’on peut dire que l’activité sociale des nations est en raison de la combustion des idées entretenue et secondée par la vitalité du principe qui règne.

Le gouvernement trouvait dans tous les esprits la même pensée et le même désir. Il se rendit l’écho des milliers de voix qui, par les fenêtres de l’Hôtel de Ville, lui apportaient le cri de la nation. Il le lui renvoya sans atténuation comme sans crainte, et la République reçut en même temps du gouvernement et du peuple son second baptême.

Le mot de République fut jeté à la foule comme le mot de