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HÉGION. Moi ?

ERGASILE. Oui, vous.

HÉGION. Alors, vous êtes mon maître ?

ERGASILE. Non, mais votre ami. Voulez-vous que je vous rende bien heureux ?

HÉGION. Oui sans doute, plutôt que malheureux.

ERGASILE. Votre main.

HÉGION. La voilà.

ERGASILE. Tous les dieux vous protégent.

HÉGION. Je ne sens pourtant rien.

ERGASILE. C’est que vous n’êtes pas dans un sentier épineux, car alors vous sentiriez[1]. Mais dites qu’on prépare à l’instant les vases pour le sacrifice, et qu’on apporte un de vos agneaux, bien gras.

HÉGION. Pour quoi faire ?

ERGASILE. Pour l’immoler.

HÉGION. A quel dieu ?

ERGASILE. A moi, par Hercule ! car je suis en ce moment pour vous le souverain Jupiter. Je suis aussi le Salut, la Fortune, la Lumière, la Joie, l’Allégresse. Ainsi, rendez-vous propice, en la rassasiant, la divinité que voici.

HÉGION. Vous m’avez l’air d’avoir faim.

ERGASILE. J’ai cet air-là pour moi, et non pour vous.

HÉGION. Avec vous je suis endurant.

ERGASILE. Je le crois ; vous avez été complaisant dès votre enfance.

HÉGION. Que Jupiter et tous les dieux vous confondent !

ERGASILE. Par Hercule, vous me devez des remerciments pour la nouvelle ; je vous apporte du port tant et tant de bonheur !

HÉGION. Je vous trouve joli garçon, à présent. Allez-vous-en, imbécile, vous venez trop tard.

ERGASILE. Si j’étais venu tantôt, vous auriez eu plus de droit de me le dire. Mais écoutez la joyeuse nouvelle : votre fils Philopolème, je viens de le voir au port, vivant, sain et sauf, bien portant, sur un petit vaisseau de l’État ; j’ai vu aussi avec lui ce jeune homme[2], et votre esclave Stalagme, qui s’est enfui en vous enlevant un fils âgé de quatre ans.

HÉGION. Allez vous faire pendre ! vous vous moquez de moi.

ERGASILE. Que la sainte déesse Bombance me prenne en

  1. Il y a ici un jeu de mots sur sentis, du verbe sentire, sentir et sentis, buisson.
  2. Philocrate.