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qui s’est formé dans son cœur, s’y sera multiplié, ne sera-t-il pas réduit à forcer des maisons, à dépouiller de nuit des voyageurs, à piller des temples ? Cependant les sentimens d’honneur et de probité, qu’il avait dès l’enfance, disparaîtront devant les passions, nouvellement affranchies, qui servent de satellites à l’amour. Ces mêmes passions, qui à peine s’émancipaient la nuit dans ses songes, du temps que lui-même obéissait encore aux lois et à son père, à l’époque démocratique de sa vie ; aujourd’hui que le voilà sous le régime tyrannique de l’amour, elles le mettront sans cesse pendant la veille dans l’état où il se trouvait quelquefois en dormant. Aucun meurtre, aucun horrible festin, aucun crime ne l’arrêtera ; l’amour vivant dans son ame en véritable tyran, sans frein et sans loi, comme en étant le seul souverain, le traitera comme le tyran traite l’État où il règne, et le poussera à toutes les extrémités, pour qu’il trouve de quoi l’entretenir, lui et cette foule de passions tumultueuses qu’il traîne à sa suite ; les unes venues de dehors par les mauvaises compagnies, les autres nées au dedans, et qui ont été déchaînées par leur propre audace ou affranchies par lui-même. N’est-ce pas là la vie que mènera ce jeune homme ?

Oui.