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          Si la gloire a son fanatisme,
La victime est un Dieu lorsqu’elle est sur l’autel :
La palme de martyr qu’emporte l’héroïsme
          Est un diadème immortel.

Fils du ciel, un seul jour adopté par la terre,
Laisse-la te blâmer cette raison vulgaire
Dont le regard craindrait de voir plus haut que soi.
L’oubli, ce fils du temps qui dévore son père,
En impuissant rival lutte en vain contre toi.

Qu’il lutte ! il cédera, quand vingt siècles de gloire
Auront, sans la vieillir, consacrant ta mémoire,
Fait un brillant passé de ce long avenir :
Au cœur de la patrie où vivra ton image,
      Toujours jeune, alors d’âge en âge
      Aura grandi ton souvenir.

Le marbre ne tient pas ton ombre prisonnière ;
Qu’importe ! avais-tu donc besoin que ta poussière
Portât d’un monument l’inutile fardeau ?
Ici, ton chant de mort ne s’est pas fait entendre :
Fières de toi, les mers avaient droit à ta cendre,
Et dans leurs flots jaloux te gardaient un tombeau.

Ah ! que ses flots sacrés te portent au rivage
Où régna la puissance, où gémit l’esclavage,