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LA RÉVOLUTION RUSSE

l’engoncement des gens qui passent. Les cols de fourrure sont remontés jusqu’aux oreilles, la respiration pend en glaçons sur les barbes, les moufles emprisonnent les mains. Cela nous fait espérer plus de tranquillité pour aujourd’hui. Des soldats passent, transportant de grands sacs de pain sur l’épaule. Et voici qu’arrivent les traîneaux qui vont emporter la neige déjà amoncelée en trapèzes le long des trottoirs par une équipe de travailleurs matineux. La rue reprend un peu de son aspect coutumier. De grandes affiches blanches tachent les murs. Guiorgui, qui est allé ce matin à la recherche d’un peu de lait, nous apprend qu’il s’agit d’un appel du gouvernement, invitant les « citoyens » à l’ordre, au calme, au respect des personnes et des propriétés. C’est la première fois que le mot de « citoyen » paraît sur les murs d’une ville russe !

M. Michel et moi nous partons pour la Douma : une dizaine de verstes aller et retour, à faire à pied, faute de moyens de locomotion.

La ville n’est pas aussi calme qu’elle le paraissait de notre fenêtre au petit matin.