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vagance de ma demande, et je rougis maintenant de vous en avoir importuné. — Et puis… je me suis tellement fait violence tout à l’heure pour ne pas pleurer… que j’ai plus d’envie de me jeter sur mon lit pour reposer les nerfs, que d’aller me promener.

Le Vice-Roi.

Pauvre enfant, comme elle m’aime !… Non, ma fille, il faut que tu prennes l’air, cela te fera du bien. Pineda m’ordonne de monter en voiture, quand je viens de me mettre en colère… Va, mignonne, mon carrosse est à toi. Sonne, pour que l’on attelle sur-le-champ.

La Perichole.

Monseigneur, de grâce, réfléchissez ; vous êtes maintenant trop bon, comme vous avez été trop injuste tout à l’heure ?

Le Vice-Roi.

Sonne, te dis-je. Je veux que tes ennemies en meurent de jalousie.

La Perichole.

Mais…

Le Vice-Roi.

Enfin, si tu n’acceptes pas ce présent, je croirai que tu es encore fâchée contre moi.

La Perichole.

De cette manière, je ne puis vous refuser… Mais je suis véritablement confuse. (Elle sonne. Balthasar entre.)

Le Vice-Roi.

Qu’on attelle sur-le-champ les mules blanches à mon nouveau carrosse, et dites au cocher que les mules, le carrosse et lui appartiennent à mademoiselle. (Balthasar sort.) Pauvre petit ! comme ton pouls est agité ! Allons, m’en veux-tu encore ?

La Perichole.

Comment ne serais-je pas pénétrée des bontés de Votre Altesse ?

Le Vice-Roi.

Laisse là ton Altesse, et appelle-moi comme tu m’appelles quelquefois.

La Perichole.

Eh bien ! Andres, tu m’as rendue bien malheureuse et bien heureuse aujourd’hui.

Le Vice-Roi.

Embrasse-moi, mon ange. Je t’aime comme cela. Vois-tu, je ne veux pas être le vice-roi auprès de ma Perichole ! — Méchante ! souviens-toi de ce que tu as dit du mérite des vice-rois en amour !

La Perichole.

Va, tu sais bien que tu es Andres pour moi, et non le vice-roi du Pérou. — Vois donc les jolis souliers brodés que m’a faits Marino, ce cordonnier pour le neveu duquel je t’ai parlé il y a longtemps.