Page:Lesueur - Nietzscheenne.djvu/12

Cette page n’a pas encore été corrigée


Quand on lit Montaigne, La Rochefoucauld, La Bruyère, Fontenette (particulièrement les Dialogues des Morts), Vauvenargues, Chamfort, on est plus près de l’antiquité qu’avec n’importe quel groupe de six auteurs d’un autre peuple. Par ces six écrivains, l’esprit des derniers siècles de l’ère ancienne [1] a revécu à nouveau, — réunis ils forment un chaînon important dans la grande chaîne continue de la Renaissance… Ils contiennent plus d’idées véritables que tous les ouvrages de philosophie allemande ensemble.

Quelle clarté et quelle précision délicate chez ces Français !…

Par la résurrection du grand latinisme stoïque, les Français ont continué de la façon la plus digne l’œuvre de la Renaissance. Ils passèrent, avec un succès merveilleux, de l’imitation des formes antiques à l’imitation des caractères antiques : ce qui leur confère à tout jamais un droit aux distinctions les plus hautes, car ils sont le peuple qui a donné jusqu’à présent à Y humanité nouvelle les meilleurs livres et les meilleurs hommes. (Le Voyageur et son Ombre* p. 346, 347 et 352.) Maintenant encore la France est le refuge de la culture la plus intellectuelle et la plus raffinée qu’il y ait en Europe. Elle reste la grande école du goût.

Dans cette France de V esprit, Schopenhauer est plus chez lui qu’il ne le fut jamais en Allemagne. Son oeuvre principale, deux fois traduite, — la seconde, fois avec tant de perfection que je préfère maintenant lire Schopenhauer

  1. Tout ce qui est souligné dans ces citations a été souligné par Nietzsche.