Page:La Révolution surréaliste, n07, 1926.djvu/7

Cette page n’a pas encore été corrigée

LE SURREALISME ET LA PEINTURE plus tard grand cas de sa contribution à l’histoire fabuleuse d’une époque dont nous ferions remonter l’avènement plus loin que nous, et non cependant à celui du romantisme mais peut-être aux environs de l’année 1860, il ne sera pas sans intérêt de savoir que l’une des dates les plus importantes à en retenir est pour Chirico celle de l’entrevue sans témoins de Napoléon III et de Cavour à Plombières. C’est, dit-il, à sa connaissance, la seule fois que deux fantômes ont pu se rencontrer officiellement, et de sorte que leur inimaginable délibération lut suivie d’effets réels, concrets, parfaitement objec- tifs. Je ne sais au nombre de combien sont les équivoques personnages de cette espèce dont s’est au cours des heures peuplée la solitude de Chirico mais, sans qu’il leur accorde à tous la même importance, ils pourraient bien être légion. Louis Aragon se souvient comme moi du passage dans ce café où nous étions un soir avec Chirico, place Pigalle, d’un enfant qui venait vendre des fleurs. Chirico, le dos tourne à la porte, ne l’avait pas vu entrer et c’est Aragon qui, trappe de 1allure bizarre de l’arrivant, demanda si ce n’était pas un fantôme. Sans se retourner Chirico sortit une petite Hace de.sa poche et après y avoir longuement dévisage le jeune garçon, répondit qu’en effet c’en était un. La reconnaissance des fantômes sous les traits humains il y paraît bien exceptionnellement exercé ; il n’est pas jusqu’à un marchand de tableaux à qui il doit beaucoup dont il ne nous ait assuré qu’il répond en tous p )ii ts au s gaalement qu’il en a. Mystification à part, nul de ceux qui ont vécu passagèrement pour autre chose que la vie, la vie admise, et qui ont éprouvé l’exaltation dont ce sentiment s’accompagne, ne peut ensuite y renoncer si aisément. Il ne suffit pas de fixer sur une toile le ciel de tous les jours, une coupe et quelques fruits aigres pour que le tour soit joué. Encore vous demandera-t on compte des apparitions qui ont cessé et, si vous ne répondez pas assezvite, devra-t on se détourner de vous avec mépris. 11y a ainsi des hommes cpiiosent parler de l’amour quand déjà ils n’aiment plus. J’ai assisté à cette scène pénible : Chirico cherchant à reproduire de sa main actuelle et de sa main lourde un ancien tableau de lui-même, non du reste qu’il cherchât dans cet acte une illusion ou une désillusion qui pourrait être touchante, maisparce qu’en trichant sur son apparence extérieure, il pouvait espérer vendre la même loilo. d eux fois. C’était si peu la même, hélas ! Dans son impuissance à re- créer en lui comme en nous l’émotion passée, il a mis ainsi en circulation un grand nombre de faux caracté. risés, parmi lesquels des copies servilcs, d’ailleurs pour la plupart antidatées, et d’encore plus mauvaises variantes. Cette escroquerie au miracle n’a que Irop duré. Si cet homme avait eu quelque tour âge il y a longtemps qu’il se serait lassé de ce jeu qui consiste à bafouer son génie perdu*. En dépit de lui-même, de celte conscience acquise si chèrement d’Italien esclave, de cette prison dont il ne s’évadera plus, lui qui s’est évadé LE DÉPARTDUPOÈTE Chirico

  • Cf. la prélaceque, pour sa dernièreexposition

(du 4 au 12 juin, chez Paul Guillaume),il a laissé écrire par l’ignoble crétin Albcrt-C.Haines. Elle suffirait,je pense,à le déshonorer.