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LE CHIEN D’OR

Esther Wheelwright avait eu une destinée étrange, pas très rare, pourtant, à cette époque de guerre de frontières.

Une bande d’Abénaquis l’avait emmenée prisonnière, après avoir saccagé la maison de son père, et elle vécut plusieurs années de la vie sauvage.

Un jour, un missionnaire jésuite la rencontra. Il obtint sa liberté et la conduisit à Québec. Le gouverneur qui était alors le premier marquis de Vaudreuil, touché de ses malheurs, de son esprit, de sa beauté, l’adopta comme son enfant et la fit instruire avec sa fille, au couvent des Ursulines.

Elle n’oublia jamais le souvenir de sa captivité. Quand ses parents et ses amis connurent sa délivrance et le lieu de son refuge, ils la pressèrent de revenir au toit paternel. Mais après une lutte pénible entre les affections naturelles et le devoir, elle resta dans la Nouvelle-France et se consacra à Dieu.

Pour l’engager à retourner avec les siens, on lui avait envoyé le portrait de sa mère, une femme très belle. Cette figure presque divine était toujourslà, devant ses yeux, et semblait l’appeler sans cesse. Alors la mère Des Anges, une artiste, peignit une auréole autour de la tête superbe et la transforma en une sainte Madone. Le calme rentra dans le cœur de la jeune religieuse, car la Madone semblait lui sourire maintenant et l’encourager dans sa généreuse résolution.

VII.

— Bonne mère, s’écria Amélie de Repentigny, en jetant ses bras autour du cou de la religieuse, nous sommes enfin venues, Héloïse et moi, pour solliciter le bonheur de vivre et de mourir dans votre monastère. Voulez-vous nous recevoir ?

— Vous êtes les bienvenues, mes enfants, répondit mère Esther en leur mettant un baiser sur le front. La lampe de Repentigny ne s’éteint pas dans la cha-