Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome I.djvu/430

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
CROMWELL, croisant les bras, aux cavaliers.
Que voulez-vous ?
À part.
S’ils me demandaient grâce ! —

LORD ORMOND, d’une voix assurée.
Nous sommes gens de cœur, et nous ne prétendons

Ni pitié, ni merci, ni faveurs, ni pardons.
Des mourants comme nous sont fiers de leur supplice ;
Il n’a rien qui les trouble et qui les avilisse.
Puis, qu’attendre après tout de vous, d’un meurtrier,
D’un vassal, qui, chargeant son écu roturier
Du cimier, du manteau, du sceptre héréditaire,
Y fait écarteler les armes d’Angleterre ?

CROMWELL, l’interrompant.
Que me voulez-vous donc ?
LORD ORMOND.
Un mot, monsieur Cromwell.
Quel chemin choisit-on pour nous conduire au ciel ?

On nous mène au gibet : mais sait-on qui nous sommes ?

CROMWELL.
Des brigands condamnés à mort,
LORD ORMOND.
Des gentilshommes.
Vous l’ignoriez sans doute, et nous vous l’apprenons.

Le gibet n’est point fait pour qui porte nos noms.
Et, si petite enfin que soit votre noblesse,
La corde qui nous souille autant que nous vous blesse.
On ne se fait pas pendre entre hommes de bon goût
Et gens de qualité. Nous réclamons.

CROMWELL.
C’est tout ?
À part.
Ils demandent la vie !
LORD ORMOND.
Oui. Pesez la requête.