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[1578. — 17 octobre.]

Orig. – B. R. Fonds Béthune, Ms. 8827, fol. 24 recto.


À MON COUSIN MONSR LE MARESCHAL DE DAMPVILLE.

Mon Cousin, Parce que j’ay donné charge à Constant, que je despesche vers vous, de vous faire entendre l’occasion de son voyage, et l’affection que j’ay à l’establissement de la paix et execution de ladicte, ensemble la bonne volonté que je vous porte, en vostre particulier, je ne vous en feray redicte par la presente, mais je m’en remectray tant sur luy que sur ce porteur, vous priant vous asseurer et faire entier estat de ce qui est en mon pouvoir, comme de

Vostre bien affectionné cousin et parfaict amy,
HENRY.



[1578. — entre le 17 et le 28 octobre.]

Orig. autographe. – Arch. de Famille de M. le baron de Batz. Copie transmise par M. le préfet des Landes.

Imprimé. – Vie militaire et privée de Henry IV, etc. Paris, an XII, in-8o, p. 6.


À MONSR DE BATZ.

C’est merveille que la diligence de vostre homme et la vostre. Tant pis que n’ayez praticqué personne du dedans à Florence ; la meilleure place m’est trop chere du sang d’un de mes amis. Ceste mesme nuict je vous joindray et y seront les bons de mes braves[1].


HENRY.
  1. La place de cette lettre nous est indiquée par un événement rappelé dans la lettre du 19 décembre suivant ; et les Œconomies royales nous font connaître le lieu et les circonstances où celle-ci fut écrite. La cour du roi de Navarre et celle des deux reines « estants ensemble à Auch, un soir, disent les secrétaires de Sully, ainsi que l’on tenoit le bal, un gentilhomme envoyé par monsieur de Favas vint advertir le roy de Navarre qu’un viel gentil-homme nommé Ussac (que l’on tenoit pour un des piliers de l’église huguenotte, estant des plus authorisez dans les consistoires et accreditez dans les assemblez, et à ceste cause avoit esté choisi entre plusieurs autres pour estre gouverneur de la Réole, place des plus importantes pour ceux de la Religion) avoit esté persuadé par une des filles de la Royne-mere, dont il estoit devenu esperduement amoureux, à se faire catholique et remettre la place entre les mains de la Royne-mere. Ce qu’entendu par le Roy de Navarre, sans monstrer aucune esmotion, ny faire semblant de rien, s’escoula doucement de la presse avec trois ou quatre de vous autres, auxquels il dit tout bas à l’oreille : « Advertissez le plus secretement que vous pourrez tous mes serviteurs dont vous pourrez sçavoir les logis, que dans une heure je seray à cheval hors la porte de la ville, avec une cuirasse sous ma jupe de chasse ; et que ceux qui m’ayment et qui voudront avoir de l’honneur me suivent. » Ce qui fut aussi tost fait que dit : et le tout si heureusement executé, qu’à portes ouvrantes il se trouva à Florance ; de laquelle (les habitans ne se doutans de rien, à cause que l’on estoit en paix) il se saisit facilement. Ce qui ayant esté le matin r’apporté à la Royne-mere, qui le pensoit avoir couché à Auchx, elle n’en fit que rire, et en branlant la teste dit : « Je voy bien que c’est la revanche de la Reole, et que le Roy de Navarre a voulu faire chou pour chou ; mais le mien est mieux pommé. » (Ire partie, chap. X.) Il faut ajouter un mot sur les motifs de la trahison de M. d’Ussac. D’Aubigné nous apprend que son ridicule amour n’en fut pas la seule cause. Après avoir fait le plus grand éloge de ce gentilhomme, il ajoute : « Quand la Royne passa à la Reolle, il estoit vieil et encore plus envieilli par les blesseures qui lui perçoient le visage, et mesmes qu’il en avoit dans la bouche, pour lesquelles il parloit difficilement. Non obstant tout cela il devint esperdument amoureux de Atrie, depuis comtesse de Chasteau-Villain ; de quoy elle et ses compagnes de chez la Royne se donnoient du plaisir. Il s’apperceut que le Roi de Navarre et le vicomte de Turenne en voulloient passer le temps. Ce mespris lui fust si dur, qu’il ne les voulut jamais ni voir ni halener despuis ; qui plus est en quitta religion et parti. » (Hist. univ. t. II, l. IV, ch. II.)
    La lettre du roi de Navarre à M. de Batz nous montre ce seigneur parmi ceux qui concoururent à cette expédition improvisée, mais ce ne put être entièrement sans coup férir, comme le prince en exprimait l’espoir dans sa lettre. Il y perdit un jeune gentilhomme nommé Montbertier, qui ne faisait que sortir de ses pages.
    L’abbé Poeydevant, en rappelant ces faits dans le livre IX de son Histoire des troubles du Béarn, ajoute : « Ainsi la guerre se faisait au milieu de la paix. »