Page:Haraucourt - La Peur, 1907.djvu/298

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
274
LA PEUR

J’ai les nerfs agacés, harassés : rien ne m’intéresse. D’ailleurs, le ciel est chargé de nuages, et l’air lourd. Ils ne savent pas que le soleil vient de se lever, ni qu’ils sont à leur cinquante-septième heure. Au dire des médecins, trois jours de soif rendent un homme fou : les tortures se font si aiguës, qu’on se tuerait, pour en finir !

— Midi… Soixante-deux heures…

Sûrement, un orage se prépare : j’entends la foudre, très loin, du côté des montagnes ; elle est très loin, mais je suis sûr que je l’entends.

J’étouffe. Mes nerfs sont surmenés plus que je ne pensais. Et les leurs, dans le trou ? Car les miens ne sont las, en somme, que d’évoquer la torture des leurs… Il n’éclatera donc pas, cet orage, à la fin, pour qu’on sache ? Eh oui, pour qu’on sache ! Depuis ce matin, il faut bien l’avouer, je ne sais plus. Qu’est-ce qu’il dit là-bas, le tonnerre ? Est-ce à moi qu’il parle, ou bien à eux ? Ils ont déjà terriblement souffert, là-dessous, assez souffert, peut-être, pour que le châtiment suffise…

— Soixante-quatre heures.

Être mort, n’être plus : supplice ? Non. Le