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FABLE LIV.

LES ENFANS.


Trois enfans villageois, à peu près du même âge,
Voisins de l’Océan, jouoient sur le rivage.
L’un voyant passer un moineau :
Qu’il est heureux ! dit-il ; je voudrois être oiseau,
Et je ferois le tour du monde :
Tous les jours je verrois d’autres mœurs, d’autres lieux ;
Sur la pointe d’un mật je traverserois l’onde,
Ou bien, prenant mon vol, j’approcherois des cieux.
Moi, dit un autre enfant, j’ai l’humeur un peu fière
Et je crois même assez guerrière ;
Car lorsque je me bats, c’est, ma foi, tout de bon :
J’aime mieux être roi lion.
Pauvre petit oiseau des vautours craint la serre ;
Mais griffe et roi font peur plus qu’un coup de canon,
Que vous avez d’ambition !
Dit le troisième enfant, riant de leur folie ;
Moi, si d’être animal j’avois la fantaisie,
Je ne voudrois qu’être renard.
Dans les châteaux, ou bien dans la chaumière,
Soit par adresse, ou par hasard,
Tomberoit sous ma dent ce qui pourroit me plaire.
Jamais renard ne fut un si fameux larron ;
Je croquerois un jour la poule, ou le chapon,
Le lendemain ou poulet, ou pigeon :
Sans qu’il m’en coutât rien, je ferois bonne chère.
L’enfant qui désiroit de traverser les airs,
Devenu grand, courut les mers,