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LA CONQUÊTE DE PLASSANS.

santes qui illuminaient brusquement des profondeurs de têtes moutonnantes, grossissaient un brouhaha de foule, un bruit d’eau courante, tout un tapage noyé. Et la pompe, à dix pas, gardait son haleine régulière, son crachement de gosier de métal écorché.

— Regardez donc la troisième fenêtre, au second étage, s’écria tout à coup M. Maffre émerveillé ; on voit très bien à gauche, un lit qui brûle. Les rideaux sont jaunes ; ils flambent comme du papier.

M. Péqueur des Saulaies revenait au petit trot tranquilliser la société. C’était une panique.

— Les flammèches, dit-il, sont bien portées par le vent du côté de la sous-préfecture ; mais elles s’éteignent en l’air. Il n’y a aucun danger, on est maître du feu.

— Mais, demanda madame de Condamin, sait-on comment le feu a pris ?

M. de Bourdeu assura qu’il avait d’abord vu une grosse fumée sortir de la cuisine. M. Maffre prétendait, au contraire, que les flammes avaient d’abord paru dans une chambre du premier étage. Le sous-préfet hochait la tête d’un air de prudence officielle ; il finit par dire à demi-voix :

— Je crois que la malveillance n’est pas étrangère au sinistre. J’ai déjà ordonné une enquête.

Et il raconta qu’il avait vu un homme allumer le feu avec un sarment.

— Oui, je l’ai vu aussi, interrompit Aurélie Rastoil. C’est monsieur Mouret.

Ce fut une surprise extraordinaire. La chose était impossible. M. Mouret s’échappant et brûlant sa maison, quel épouvantable drame ! Et l’on accablait Aurélie de questions. Elle rougissait, tandis que sa mère la regardait sévèrement. Il n’était pas convenable qu’une jeune fille fût ainsi toutes les nuits à la fenêtre.

— Je vous assure, j’ai bien reconnu monsieur Mouret,