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chefs pour le gouverner, des soldats pour le défendre, et sur-tout pour en contenir les habitans, et d’exiger de sujets soumis et désarmés un tribut en monnoie ou en denrées. Tantôt elle s’empare du territoire même, en distribue la propriété à ses soldats, à ses capitaines ; mais alors elle attache à chaque terre l’ancien colon qui la cultivoit, et le soumet à ce nouveau genre de servitude, réglé par des lois plus ou moins rigoureuses. Un service militaire, un tribut, sont, pour les individus du peuple conquérant, la condition attachée à la jouissance de ces terres.

D’autres fois, elle se réserve la propriété même du territoire, et n’en distribue que l’usufruit, en imposant les mêmes conditions. Presque toujours les circonstances font employer à la fois ces trois manières de récompenser les instrumens de la conquête, et de dépouiller les vaincus.

De là, nous voyons naître de nouvelles classes d’hommes : les descendans du peuple dominateur, et ceux du peuple opprimé ; une noblesse héréditaire, qu’il ne faut pas con-