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LA FOURMI CHEZ LES CIGALES

Entrés ensemble dans ce qu’ils appellent le domaine de la vie pratique, les deux associés vont y travailler chacun d’une manière bien différente. L’enfant de la glèbe, malgré sa force et sa valeur, y tracera péniblement son sillon, où le froment de son labeur y souffrira plus d’une fois de la pousse d’une ingrate ivraie et des intempéries. C’est au contraire sur une mer agitée que l’autre tracera plutôt le sien, toutes voiles dehors au vent de la faveur ou entraîné par la bourrasque ; sillon instable, celui-là, effacé bientôt dans la perturbation par lui un moment accrue ! mais qu’importe, pourvu qu’on arrive à bon port ?

On voit dès lors que des deux jeunes avocats, l’un sera tout à la fois l’homme de l’étude légale et des tribunaux, le vrai basochien, le procédurier, le jurisconsulte, à la recherche des textes et des arrêts au soutien des causes sérieuses ; l’autre, le vir linguosus, le personnage aux relations sociales, en attendant qu’il se transforme en étendard politique ; enfin