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4lO OEUVRES

Maintenoii avait cédé à son amant long-temps avant de i'époiiser. Cette opinion, contraire à celle de tous les. historiens du temps , est bien peu réfléchie. Quand nous n'aurions pas les lettres de la favorite , quand nous n'y aurions pas lu ce mot si connu et si décisif: «Je le renvoie toujours » affligé et jamais désespéré ; » il suffirait de savoir quel plan de conduite elle a suivi dès le commen- cement, pour comprendre qu'elle ne pouvait pas céder sans aller directement contre son but , ce dont elle était incapable avec son esprit et son caractère. C'est surtout en mêlant la religion à l'amour qu'elle avait assujéti l'âme à la fois timo- rée et sensible de Louis xiv; c'est en jouant auprès de lui le double rôle d'une femme qui aime et d'une dévote qui prêche , en l'effrayant d'une liaison illégitime etlui faisant entrevoir les charmes d'une union irréprochable , qu'elle l'avait arraché des bras de madame de Montespan. Comment aurait-elle pu se démentir elle-même au point de faire ce qu'elle regardait comme si coupable ? Elle perdait dès-lors tout son ascendant, et n'était plus qu'une femm.e conime une autre , aux yeux d'un homme qui avait le besoin d'aimer consciencieuse- ment. L'excellente scène que Racine eût pu faire d'une conversation entre deux amans de ce genre, de celle, par exemple, c|ui décida le mariage! Sans doute, le charme de ses vers n'eût été qu'à lui ; mais les deux personnages avaient assez d'esprit pour qu'il ne leur eût pas prêté d'autres idées et

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