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communes et se trouvent en immense quantité : j’en ai vu par milliers dans des mines de fer en grains ; elles y étaient elles-mêmes en petits grains arrondis, qui paraissaient avoir été usés par le frottement dans leur transport par le mouvement des eaux : la plupart n’étaient donc que les débris de masses plus grandes ; car on trouve communément les calcédoines en stalactites d’un assez grand volume, tantôt mamelonnées et tantôt en lames aplaties ; elles forment souvent la base des onyx dans lesquelles on voit le lit de calcédoine surmonté d’un lit de cornaline ou de sardoine ; les calcédoines sont aussi quelquefois ondées ou ponctuées de rouge ou d’orangé, et se rapprochent par là des cornalines et des sardoines ; mais les onyx les plus estimées, et dont on fait les plus beaux camées, sont celles qui, sur un lit d’agate purement blanche, portent un ou plusieurs lits de couleur rouge, orangée, bleue, brune ou noire, de couleurs, en un mot, dont les couches différentes tranchent vivement et nettement l’épaisseur de la pierre. Ordinairement, la calcédoine est laiteuse, blanche ou bleuâtre dans toute sa substance. On en trouve de cette sorte de très gros et grands morceaux, qui paraissent avoir fait partie de couches épaisses et assez étendues : les plus beaux échantillons que nous en connaissions ont été trouvés aux îles de Feroë, et l’on peut en voir un de six à sept pouces d’épaisseur au Cabinet du Roi. On distingue, dans ce morceau, des couches d’un blanc aussi mat et aussi opaque que de l’émail blanc, et d’autres qui prennent une demi-transparence bleuâtre. Dans d’autres morceaux, cette pâte bleuâtre offre des reflets et un chatoiement qui font ressembler ces calcédoines à des girasols[1] et les rapprochent de l’opale, laquelle semble participer en effet de la nature de la calcédoine, ainsi que nous l’avons dit à son article.

Au reste, les calcédoines mélangées de pâte d’agate commune, ou les agates mêlées de calcédoine, sont beaucoup plus communes que les calcédoines pures ; de même que les agates, sardoines et cornalines pures, sont infiniment plus rares que les agates mêlées et brouillées de ces diverses pâtes, colorées ; car la substance vitreuse étant la même dans toutes les agates, et les parties métalliques ou terreuses colorantes ayant pu s’y mélanger de mille et mille manières, il n’est point étonnant que la nature ait produit avec tant de variété les agates mêlées de diverses couleurs, tandis que les agates d’une seule couleur pure sans mélange, et d’une belle transparence, sont assez rares et toujours en très petit volume.


PIERRE HYDROPHANE

Cette pierre, se trouvant ordinairement autour de la calcédoine, doit être placée immédiatement après elle ; toutes deux font corps ensemble dans le même bloc, et cependant diffèrent l’une de l’autre par des caractères essentiels : les naturalistes modernes ont nommé cette pierre oculus mundi, et ils me paraissent s’être mépris lorsqu’ils l’ont mise au nombre des agates ou calcédoines ; car cette pierre hydrophane n’a point de transparence ; elle est opaque et moins dure que l’agate, et elle en diffère par la propriété particulière de devenir transparente, et même diaphane lorsqu’on la laisse tremper pendant quelque temps dans l’eau ; nous lui donnons par cette raison le nom de pierre hydrophane : cette propriété, qui suppose l’imbibition intime et prompte de l’eau dans la substance de la pierre, prouve en

  1. Cette espèce de calcédoine bleuâtre et à reflets paraît désignée dans la notice suivante : « On tire de la montagne de Tougas des agates de différentes espèces, et quelques-unes d’extraordinairement belles, d’une couleur bleuâtre, assez semblables au saphir ; on en tire aussi des cornalines et des jaspes. Cette montagne est à l’extrémité septentrionale de la grande province d’Osju au Japon, vis-à-vis du pays de Yeço. » Histoire naturelle du Japon, par Kæmpfer ; La Haye, 1729, t. Ier, p. 95.