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dans son brasier révoltes, deuils, violences, colères, et toute la tourbe des maux ; il leur donnera la trempe et la clarté du fer et de l’éclair… Voici les cordiers qui, sur les râteaux plantés au long de la route, tendent et ramassent l’échevèlement des chanvres où glisse, en reflets, de la lumière d’or. Allongeant la corde, ils circulent ; ils semblent tirer à eux les horizons, — « les horizons des autrefois, sereins ou convulsés », ornés d’images, douces ou terrifiantes… Sur la rivière où la lune flotte, les Pêcheurs veillent. Ils ont jeté dans l’eau profonde leurs filets noirs sur le grouillement des mauvais sorts épars là, dans la vase. Au creux des filets ils les ramènent, avec effort, appliqués à leur besogne sinistre ; ils recueillent dans les nasses tout le fretin de leurs misères, épaves de remords, tourments et maladies ; ils pêchent longtemps, ils pêchent sans fin, les vieux pêcheurs de la démence, et ils oublient


Qu’il est, au firmament,
Attirantes comme l’aimant,
Des étoiles prodigieuses !…


Ce livre est d’une singulière beauté. Ces grandes figures mystérieuses, le fossoyeur, le forgeron, le cordier, les pêcheurs, s’esquissent sur un fond de pluies, de neiges, et des rafales de vent, soudaines, rendent plus tragique cette image de désolation. Ou bien, le tocsin sonne, — c’est une meule qui brûle, et puis une autre meule encore prend feu, et puis une autre, et puis une autre, et, jusqu’à l’horizon, la plaine s’allume : une tourmente de sang et d’or éclate sous le ciel rouge… Mais la neige et la pluie sont plus émouvantes dans leur monotonie interminable, dans leur lenteur et leur régularité ; elles