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IV

TORTURES DE L’OPIUM


C’est en 1804 qu’il a fait, pour la première fois, connaissance avec l’opium. Huit années se sont écoulées, heureuses et ennoblies par l’étude. Nous sommes maintenant en 1812. Loin, bien loin d’Oxford, à une distance de deux cent cinquante milles, enfermé dans une retraite au fond des montagnes, que fait maintenant notre héros (certes, il mérite bien ce titre) ? Eh mais ! il prend de l’opium ! Et quoi encore ? Il étudie la métaphysique allemande : il lit Kant, Fichte, Schelling. Enseveli dans un petit cottage, avec une seule servante, il voit s’écouler les heures sérieuses et tranquilles. Et pas marié ? pas encore. Et toujours de l’opium ? chaque samedi soir. Et ce régime a duré impudemment depuis le fâcheux dimanche pluvieux de 1804 ? hélas ! oui ! Mais la santé, après cette longue et régulière débauche ? Jamais, dit-il, il ne s’est mieux porté que dans le printemps de 1812. Remarquons que, jusqu’à présent, il n’a été qu’un dilettante, et que l’opium n’est pas encore devenu pour lui une hygiène quotidienne. Les doses ont toujours été modé-