Page:Bashkirtseff - Journal, 1890, tome 1.pdf/391

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
388
JOURNAL

j’ajoute quelques figures, ne pensez pas que ce soit pour orner, oh ! non, c’est tout bonnement pour exprimer aussi parfaitement que possible la confusion de mes idées.

Je suis si agacée de ne pouvoir écrire quelques mots qui fassent pleurer ! et je voudrais tant faire sentir aux autres ce que je sens ! Je pleure et je dis que je pleure. Ce n’est pas cela que je voudrais, je voudrais raconter tout cela… attendrir enfin !

Cela viendra, et cela ne vient pas tout seul ; il ne faut pas chercher cela.


Jeudi 26 juillet. — Aujourd’hui j’ai dessiné toute la journée ; pour reposer mes yeux, je jouai de la mandoline, puis de nouveau le dessin, puis le piano. Il n’y a rien au monde comme l’art, quel qu’il soit, au commencement comme au moment de son plus grand développement.

On oublie tout pour ne penser qu’à ce qu’on fait, on regarde ces contours, ces ombres avec respect, avec attendrissement, on crée, on se sent presque grand.

Je crains de me gâter les yeux et je ne lis pas le soir depuis trois jours. Ce dernier temps, j’ai commencé à voir tout trouble à la distance de la voiture au trottoir. Ce n’est pourtant pas bien loin.

Cela m’inquiète. Si, après avoir perdu ma voix, j’allais être obligée de ne plus dessiner et lire ! Alors, je ne me plaindrais pas, parce que cela voudrait dire qu’il n’y a dans tous mes autres ennuis de la faute de personne et que telle est la volonté de Dieu.


Lundi 30 juillet. — On dit que beaucoup de jeunes filles écrivent leurs impressions et cette stupide Vie parisienne le dit d’une manière assez dédaigneuse