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ai prétendu t’enseigner quelques-uns des éléments de notre art, je n’ai sur toi d’autre avantage (si c’en est un), que d’être un vieil écolier.

Hélas ! qui sait mon infirmité mieux que moi ? Pour t’en donner une seule preuve, j’ai indiqué au Chapitre Premier (page 14) le vers de neuf syllabes avec deux césures, l’une après la troisième syllabe, l’autre après la sixième syllabe, — comme étant le seul vers de neuf syllabes qui existe. Eh bien ! je viens de m’apercevoir à ce même instant qu’on peut faire un très-excellent vers de neuf syllabes, avec une seule césure après la cinquième syllabe ! comme en voici l’exemple, qui eût gagné à être mis en œuvre par un ouvrier plus habile que je ne le suis.

vers de neuf syllabes, avec une seule césure placée après la cinquième syllabe


Le Poète.



En proie à l’enfer — plein de fureur,
Avant qu’à jamais — il resplendisse,
Le poëte voit — avec horreur
S’enfuir vers la nuit — son Eurydice.

Il vit exilé — sous l’œil des cieux.
Les fauves lions — avec délire
Écoutent son chant — délicieux,
Captifs qu’a vaincus — la grande Lyre.