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établit que les vers de six, de sept, de huit, de neuf, de dix syllabes admettent des césures variables et diversement placées. Faisons plus : osons proclamer la liberté complète et dire qu’en ces questions complexes l’oreille décide seule. On périt toujours, non pour avoir été trop hardi, mais pour n’avoir pas été assez hardi.

Mais si je n’ai pas d’oreille ! — Alors, quoique vous soyez exactement dans la situation d’un ouvrier qui, n’ayant pas de bras, voudrait piocher la terre, il y a encore moyen de s’arranger. Vous trouverez chez les maîtres modernes des exemples de toutes les césures et de toutes les coupes, et vous arriverez par singerie et imitation à faire des vers qui seront en apparence libres et variés. Hélas ! ceci malheureusement n’est pas à l’état d’hypothèse. Lorsque Hugo eut affranchi le vers, on devait croire qu’instruits à son exemple les poëtes venus après lui voudraient être libres et ne relever que d’eux-mêmes. Ainsi Delacroix disait à ses élèves : « Je n’ai qu’une chose à vous apprendre : c’est qu’il ne faut pas m’imiter. » Mais tel est en nous l’amour de la servitude que les nouveaux poètes copièrent et imitèrent à l’envi les formes, les combinaisons et les coupes les plus habituelles de Hugo , au lieu de s’efforcer d’en trouver de nouvelles. C’est ainsi que, façon-