Page:Aulnoy - Contes des Fées (éd. Corbet), 1825.djvu/214

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
202
LA PRINCESSE

ils écrivirent par la poste à la princesse de faire vitement son paquet, et de venir en diligence, parce qu’enfin le roi des Paons l’attendait. Ils ne lui mandèrent pas qu’ils étaient prisonniers, de peur de l’inquiéter trop.

Quand elle reçut cette lettre, elle fut tellement transportée, qu’elle en pensa mourir ; elle dit à tout le monde que le roi des Paons était trouvé, et qu’il voulait l’épouser. On alluma des feux de joie, on tira le canon, l’on mangea des dragées et du sucre partout : l’on donna à tous ceux qui vinrent voir la princesse pendant trois jours, une beurrée de confiture et de l’hypocras. Après qu’elle eut fait ainsi des libéralités, elle laissa ses belles poupées à ses bonnes amies, et le royaume de son frère entre les mains des plus sages vieillards de la capitale. Elle leur recommanda bien d’avoir soin de tout, de ne guère dépenser, d’amasser de l’argent pour le retour du roi ; elle les pria de conserver son paon, et ne voulut mener avec elle que sa nourrice et sa sœur de lait, avec le petit chien vert Fretillon.

Elles se mirent dans un bateau sur la mer. Elles portaient le boisseau d’écus d’or, et des habits pour dix ans, à en changer deux fois par jour : elles ne faisaient que rire et chanter. La nourrice demandait au batelier. « Approchons-nous, approchons-nous du royaume des Paons ? » Il lui disait : « Non, non. » Une autre fois elle lui demandait : « Approchons-nous, approchons-nous ? » Il lui disait : « Bientôt, bientôt. » Une autre fois elle lui dit : « Approchons-nous, approchons-nous ? »