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UT REÇUT f ÉGLISE I)'). JUSQU’A 1853
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obtenir une approbation authentique du pape, tant qu’il serait environné des jésuites, adversaires passionnés de l'Église de Hollande, on eut néanmoins la consolation d’apprendre, par des lettres de Rome, qu’il avait déclaré à des amis particuliers que ces décrets étaient très bons. » En réalité, Clément XIII répondit, le 30 avril 1765, à la lettre du concile par un décret qui déclare nul, illégitime et attentatoire, le faux concile assemblé sans autorité légitime. « Nous cassons et annulons tous ses Actes et nous les déclarons sans force et sans valeur. » Il défend « de distribuer et de répandre, en quelque langue que ce soit, le livre intitulé Actes et décrets du second concile provincial d' Ulrecht ».

L'Église d’Utrecht ne pouvait garder le silence. Dès que le décret Non sine acerbo parut, on décida d’y répondre : un projet de lettre au pape fut dressé et communiqué à de nombreux amis, qui devaient faire connaître leurs observations. L’examen dura plus d’un an : les premières remarques portent la date du 3 août 1765 et la Lettre synodale ne parut que le 10 octobre 1766. Les remarques sont restées inédites, croyonsnous ; elles furent envoyées à Paris à l’avocat Le Paige, qui y joignit ses propres observations et qui a conservé le tout (Recueil L. P. 407). Il vaudrait la peine d’en citer quelques passages, car ils montrent sans déguisement le but poursuivi : on voulait défendre les vrais intérêts de l'Église et séparer l'Église et le Saint-Siège de la Cour romaine et des cardinaux ; on y suggérait, d’une manière plus ou moins ouverte, suivant les tempéraments, la destruction des jésuites comme un moyen de ramener l’unité dans l'Église et comme le seul moyen de supprimer le scandale que la condamnation des Actes du concile d’Utrecht avait causé parmi les protestants de Hollande. On s’applaudissait aussi de la proscription dont les jésuites étaient frappés dans les divers États catholiques et on pronostiquait que ce serait bientôt le Saint-Siège luimême qui leur ferait leur procès.

L’archevêque d’Utrecht, les évoques de Deventer et d’Haarlem se réunirent en assemblée avec les doyens et chanoines des chapitres d’Utrecht, à Leyde, les 27 et 28 août pour délibérer au sujet de la lettre et des remarques qu’on avait recueillies et on rédigea la Lettre synodale à Clément XIII ; elle était datée du 10 octobre 1766 et elle fut envoyée au pape et aux principaux évoques de l'Église catholique avec, une lettre circulaire, qui en résumait le contenu. Dupac, Histoire abrégée, p. 418-420, écrit que cette lettre synodale se proposait de relever « les in justices et les nullités du décret romain et de mettre en relief les preuves de" l’inviolable attachement de l'Église d’Utrechl a l’unité de l'Église et de montrer que les décrets d’excommunication lancés contre elle étaient si notoirement injustes, si contraires à toutes les lois naturelles, divines et canoniques, si remplis de marques évidentes de surprise, de subreption et d’obreptlon, que le schisme qui en était résulté ne pouvait être Imputé qu'à leurs auteurs et leurs approbateurs et non à ceux contre lesquels ils étaient dirigés ».

Cependant Dupac doit avouer que les Actes du concile ne liircul pas unanimement approuvés. I.'archevêque de Cologne, Maximiliçn Frédéric Kônigseg

publia, le 2 juillet [765, a l’instigation du nonce, prétend Dupac. un mandement qui condamnai ! les Actes du concile. L’archevêque d’Utrecht, des qu’il connut ce mandement, le T r mai 1767. adressa a l’archevêque

de Cologne une lettre de protestation avec la Lettre

synodale « Clément XIII et il s'éleva contre l’accusa Uon de jansénisme et de mauvaise doctrine. Le ni septembre 1765, Charles d’Oultremont, évêque et prince « le Liège, publia un Mandement contre les Acte » et l’archevêque d’Utrecht répondit le 3 mai 1767. décla rant « qu’il voudrait se persuader que la lettre pastorale publiée sous son nom et si peu digne d’un évêque était une pièce supposée ou du moins extorquée et contraire à ses véritables sentiments ». Ibid., p. 423.

L’assemblée du clergé de France s’occupa aussi des Actes du concile à la séance du 25 juin 1766, où l’archevêque de Toulouse lut un rapport « qui lui avait été donné tout dressé », écrit Dupac, et qui avait été composé sur les Mémoires des jésuites par le sieur Le Corgne de Launoy. député du second ordre : la première partie fait l’histoire de l'Église d’Utrecht et la seconde contient une critique des Actes du concile de 1763. Les Actes du concile sont censurés dans les termes même du décret du 30 avril. Le rapport de l’archevêque de Toulouse reproche aux Actes du concile d’Utrecht « des omissions essentielles, des réticences affectées, des nouveautés de langage, un rigorisme outré et des erreurs même »… L’archevêque d’Utrecht, dans sa lettre du 20 mars 1774 à l’archevêque de Toulouse, reproche aux membres de l’assemblée du clergé d’avoir signé le rapport, sans avoir lu les Actes, « tellement le rapport fourmille de faussetés, d’inexactitudes, de calomnies… » Mais ce qui ressort nettement de tous ces faits, c’est que les Actes du concile d’Utrecht ne firent qu'élargir le fossé qui séparait cette Église de l'Église catholique et qu’aggraver le schisme.

Les polémiques jusqu’ici fort vives vont désormais se calmer, peut-être par suite de la suppression des jésuites : la lutte cesse, faute de combattants. Aussi les écrits, surtout les écrits qui prennent la défense de l'Église d’Utrecht, si nombreux, vont se raréfier. Du trouvera, à la fin de l’article, la liste par ordre de date des principaux ouvrages qui intéressent l'Église d’Utrecht.


X. L'Église d’Utrecht jusqu’au rétablissement de la hiérarchie (1853). —

Après la conclusion du concile d’Utrecht, l'Église de Hollande reprit sa vie calme et, jusqu’au rétablissement de la hiérarchie catholique en 1.S53, on ne trouve dans son histoire aucun événement important. L'élection et le sacre des évêques provoquent toujours les mêmes brefs de condamnation et Dupac de Bellegarde, si attentif à signaler les moindres faits, ne parle guère que des élections épiscopales et des » intrigues » des jésuites.

Meindærtz mourut le 31 octobre 1767. Noué, ceci. des 16 et 23 mai 1767, p. 77-84. Pour lui succéder, le chapitre d’Utrecht élut, le 17 novembre 1767, Gauthier-Michel van Nieuwenhuiscn. pasteur à Dordrecht, qui fut sacré, le 7 février 1768, par Stiphout, évêque de Haarlem. Le chapitre et L'évêque élu firent part au pape de l'élection et du sacre ; Clément XI II répondit par le bref du 1 M juin 1768, qui excommuniait l'élu et défendait aux catholiques d’entretenir des relations avec lui. Nieuwenhuiscn publia, le 25 mai 1768, une Lettre pastorale à ses fidèles : il y peint les maux de l'Église et ceux qui affligent en particulier l'Église de I lollande et déplore les conséquences désastreuses du schisme. Il recul, écrit Dupac. p. 134-449, des lettres de félicitations qui vinrent île toul pays cl de personnes de tout état, de France-, d’Allemagne. d’Italie et d’un grand nombre d’ecclésiastiques du second ordre : il cite l’instruction pastorale de Joseph Chinent, éveque de Barcelone, 26 mars 1769, et des témoignages de nombreux évêques d’Espagne. D’autre part, le nouveau pape. Clément XIV, sembla.

quelque temps, favorable à des projets d’union, l.'impératrice, Marie Thérèse, malgré l 'opposition des jésuites et a la demande de la COUT d’Espagne, proposait la canonisation de Jean de Palafox, évêque d’Osma. L’archevêque d’Utrecht et ses deux suffra