L’Encyclopédie/1re édition/MUANCES

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MUANCES, s. m. ou MUTATIONS, μεταϐολαι, dans la musique ancienne, étoient en général tout passage d’un ordre ou d’un sujet de chant à un autre. Aristoxene définit la muance une espece de passion dans l’ordre de la mélodie ; Bacchius, un changement de sujet, ou la transposition du semblable dans un lieu dissemblable ; Aristide Quintilien, une variation dans le système proposé, & dans le caractere de la voix.

Toutes ces définitions obscures & trop générales ont besoin d’être éclaircies par les divisions. Mais les auteurs ne s’accordent pas mieux sur ces divisions que sur la définition même. Cependant on en recueille assez évidemment que ces muances pouvoient se réduire à 5 especes principales. 1°. Muance dans le genre, lorsque le chant passoit, par exemple, du diatonique au chromatique, ou à l’enharmonique, & réciproquement. 2°. Dans le système, lorsque la modulation unissoit deux tetracordes disjoints, ou en séparoit deux conjoints, ce qui revient au passage du béquarre, au bémol, & réciproquement. 3°. Dans le mode, quand on passoit, par exemple, du dorien au phrygien, ou au lydien, &c. 4°. Dans le rythme, quand on passoit du vîte au lent, ou d’un mouvement à un autre. 5°. Enfin dans la mélopée, lorsqu’on interrompoit un chant grave, sérieux, magnifique, &c. par un chant gai, enjoué, impétueux, &c.

Muances, dans la musique moderne, sont les diverses manieres d’appliquer aux notes les syllabes ut, re, mi, fa, &c. de la gamme, selon les diverses positions des deux semi-tons de l’octave, & les differentes manieres d’y arriver.

Comme l’Aretin n’inventa que six de ces syllabes, & qu’il y a sept notes à nommer dans une octave ; il falloit nécessairement répéter le nom de quelque note. Cela fit qu’on nomma toujours mi, fa, ou la, fa, les deux notes entre lesquelles se trouvoit un des semi-tons. Ces noms déterminoient en même tems ceux des notes les plus voisines, soit en montant, soit en descendant. Or, comme les deux semi-tons sont sujets à changer de place dans la modulation, & qu’il y a dans la musique une multitude presque infinie de différentes positions de notes ; il y avoit aussi une multitude de manieres différentes de leur appliquer les six mêmes syllabés, & ces manieres s’appelloient muances, parce que les mêmes notes y changeoient sans cesse de nom.

Dans le siecle dernier, on ajouta en France la syllabe si aux six premieres de la gamme de l’Aretin. Par ce moyen la septieme note de l’échelle se trouvant nommée, ces muances devinrent inutiles, & furent proscrites de la musique françoise : mais chez routes les autres nations où, selon l’esprit du métier, les Musiciens prennent toujours leur vieille routine pour la perfection de l’art ; on n’a point adopté le si, & il y a apparence qu’en Italie, en Espagne, en Allemagne & Angleterre, les muances serviront encore long-tems à la désolation des commençans. (S)