L’Encyclopédie/1re édition/ICHNEUMON

Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 481).
◄  ICHNÉ

ICHNEUMON, s. m. (Hist. nat.) animal quadrupede. Voyez Mangouste.

Ichneumon, (Hist. nat.) insecte ; on a donné ce nom à des mouches voraces qui mangent les araignées ; elles ont deux fortes dents, quatre aîles, & d’assez longues antennes qu’elles agitent continuellement ; c’est pourquoi on a appellé ces insectes vibrantes. Le ventre ne tient à la poitrine que par un filet très-fin. Il y a grand nombre d’especes d’ichneumons, & de grandeur très-différente ; les uns n’ont point de queue apparente ; d’autres en ont une qui est très-longue dans plusieurs especes. Les ichneumons qui n’ont point de queue apparente, déposent leurs œufs sur des chenilles ; les vers qui en éclosent vivent de la substance de ces chenilles, & forment des coques qui sont rangées régulierement les unes à côté des autres, & attachées à des branches d’arbres, d’arbrisseaux, ou à des tiges de chaume. Des vers un peu plus gros, & qui éclosent aussi sur des chenilles, forment leurs coques sur une feuille ; ces coques sont blanches & dispersées sur la feuille ; de gros ichneumons ne déposent qu’un œuf ou deux sur chaque chenille : les vers qui en sortent suffisent pour la manger, & deviennent presqu’aussi grands qu’elle. Il y a de ces vers qui après avoir vécu dans le corps d’une chenille, la percent par le côté, & filent une coque qu’ils attachent à la chenille & au terrein sur lequel elle se trouve posée : ces coques sont rondes, blanches, & grosses comme un grain de froment ; elles semblent être les œufs de la chenille. On trouve de ces coques qui sont sur des feuilles, & qui ont différentes couleurs, du noir, du blanc, du brun, disposées par bandes. On voit dans les forêts de chênes des coques d’ichneumons qui sont attachées à des fils longs de trois ou quatre pouces, & attachées à de petites branches. Ces coques ont une bande blanche sur le milieu.

« Lorsqu’on les prend sur la main elles sautent à terre où elles continuent de faire plusieurs sauts à des distances de tems trop éloignées les unes des autres pour que l’on puisse croire que ce sont les bonds d’une balle qui feroit ressort ». En effet les bonds que fait la coque sont causés par le mouvement du ver qu’elle renferme. Les femelles des ichneumons ont à leur partie postérieure une espece d’aiguillon qui pénetre dans les chairs les plus compactes, & même dans des substances beaucoup plus dures ; cet aiguillon est renfermé dans le corps de l’ichneumon, ou sort tout entier en dehors ; il paroît être la queue de l’insecte ; il s’en sert pour enfoncer ses œufs dans le corps des chenilles. Il y en a qui les déposent seulement sur la chenille, mais le ver sort de l’œuf par le bout qui pose sur son corps, & y entre en naissant. D’autres ichneumons placent leurs œufs auprès de ceux d’autres insectes, tels que l’abeille maçonne, avant que le nid soit fermé ; lorsque le ver de l’ichneumon est éclos, il mange les vers qui sortent des autres œufs. Les ichneumons à longue queue, c’est-à-dire à longue tarriere, percent avec cette tarriere des matieres dures, telles que le bois, la terre, le mortier, pour introduire leurs œufs dans des lieux convenables. La tarriere des ichneumons est composée de trois filets aussi déliés que des poils. Quelquefois ils sont réunis ensemble, d’autrefois ils sont séparés les uns des autres : celui du milieu est la tige de la tarriere, les autres sont les étuis. La tarriere est ferme, solide & dentelée par le bout : « l’espece de cannelure qui paroît la partager en deux est le canal par lequel l’insecte fait descendre ses œufs ». Il fait faire à sa tarriere des demi-tours à droite & à gauche en la pressant contre la substance qu’il veut percer. Abregé de l’histoire des Insectes, tom. III. pag. 142 & suiv. Voyez Insecte.