Introduction à la vie dévote (Boulenger)/Première partie/09

Texte établi par Fernand Boulenger,  (p. 22-24).


CHAPITRE IX

Méditation I
DE LA CRÉATION


Préparation

1. Mettez-vous en la présence de Dieu.

2. Suppliez-le qu’il vous inspire.

Considérations

1. Considérez qu’il n’y a que tant d’ans que vous n’étiez point au monde, et que votre être était un vrai rien. Où étions-nous, o mon âme, en ce temps-là ? Le monde avait déjà tant duré, et de nous, il n’en était nulle nouvelle.

2. Dieu vous a fait éclore de ce rien, pour vous rendre ce que vous êtes, sans qu’il eût besoin de vous, ains par sa seule bonté.

3. Considérez l’être que Dieu vous a donné ; car c’est le premier être du monde visible, capable de vivre éternellement et de s’unir parfaitement à sa divine Majesté.

Affections et résolutions

1. Humiliez-vous profondément devant Dieu, disant de cœur avec le Psalmiste : « O Seigneur, je suis devant vous comme un vrai rien. Et comment eûtes-vous mémoire de moi pour me créer ? » Hélas, mon âme, teétais abîmée dans cet ancien néant, et y serais encore de présent si Dieu ne t’en eût retirée ; et que ferais-tu dedans ce rien ?

2. Rendez grâces à Dieu. O mon grand et bon Créateur, combien vous suis-je redevable, puisque vous m’êtes allé prendre dans mon rien, pour me rendre par votre miséricorde ce que je suis. Qu’est-ce que je ferai jamais pour dignement bénir votre saint Nom et remercier votre immense bonté ?

3. Confondez-vous. Mais hélas ! mon Créateur, au lieu de m’unir à vous par amour et service, je me suis rendue toute rebelle par mes déréglées affections, me séparant et éloignant de vous pour me joindre au péché, n’honorant non plus votre bonté que si vous n’eussiez pas été mon Créateur.

4. Abaissez-vous devant Dieu. « O mon âme, sache que le Seigneur est ton Dieu ; c’est lui qui t’a faite », et tu ne t’es pas faite toi-même. O Dieu, je suis l’ouvrage de vos mains.

5. Je ne veux donc plus désormais me complaire en moi-même, qui de ma part ne suis rien. De quoi te glorifies-tu, o poudre et cendre ? mais plutôt, o vrai néant, de quoi t’exaltes-tu ? Et pour m’humilier, je veux faire telle et telle chose, supporter tel ou tel mépris. Je veux changer de vie et suivre désormais mon Créateur, et m’honorer de la condition de l’être qu’il m’a donné, l’employant tout entièrement à l’obéissance de sa volonté par les moyens qui me seront enseignés, et desquels je m’enquerrai vers mon père spirituel.

Conclusion

1. Remerciez Dieu. « Bénis, ô mon âme, ton Dieu et que toutes mes entrailles louent son saint Nom » ; car sa bonté m’a tirée de rien, et sa miséricorde m’a créée.

2. Offrez. O mon Dieu, je vous offre l’être que vous m’avez donné, avec tout mon cœur ; je le vous dédie et consacre.

3. Priez. O Dieu, fortifiez-moi en ces affections et résolutions ; o sainte Vierge, recommandez-les à la miséricorde de votre Fils, avec tous ceux pour qui je dois prier, etc.

Pater noster, Ave.

Au sortir de l’oraison, en vous promenant un peu, recueillez un petit bouquet de dévotion, des considérations que vous avez faites, pour l’odorer le long de la journée.