Fables d’Ésope (trad. Chambry, 1927)/La Vipère et l’Hydre

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Traduction par Émile Chambry.
FablesSociété d’édition « Les Belles Lettres » (p. 53r-54r).
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LA VIPÈRE ET L’HYDRE

Une vipère venait régulièrement boire à une source. Une hydre qui l’habitait voulait l’en empêcher, s’indignant que la vipère, non contente de son propre pâtis, envahît encore son domaine à elle. Comme la querelle ne faisait que s’envenimer, elles convinrent de se livrer bataille : celle qui serait victorieuse aurait la possession de la terre et de l’eau. Elles avaient fixé le jour, quand les grenouilles, par haine de l’hydre, vinrent trouver la vipère et l’enhardirent en lui promettant de se ranger de son côté. Le combat s’engagea, et la vipère luttait contre l’hydre, tandis que les grenouilles, ne pouvant faire davantage, poussaient de grands cris. La vipère ayant remporté la victoire leur adressa des reproches : elles avaient, disait-elle, promis de combattre avec elle, et, pendant la bataille, au lieu de la secourir, elles n’avaient fait que chanter. Les grenouilles répondirent : « Sache bien, camarade, que notre aide ne se donne point par les bras, mais par la voix seule. »

Cette fable montre que, quand on a besoin des bras, les secours en paroles ne servent de rien.