Chants populaires de la Basse-Bretagne/Les Aubrays

Édouard Corfmat (1p. 287-291).


LES AUBRAYS.
PREMIÈRE VERSION. [1][1]
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I

  Entre Koat-ar-Skevel et Lezobre
S’est élevé un combat nouveau ;

  Ceux-là ont élevé un combat,
Que Dieu leur donne bon combat !

  Que Dieu leur donne bon combat,
Et à leurs parents, à la maison, bonne nouvelle !

  Le marquis de Lezobre disait,
Un jour, à son petit page :

  — Selle-moi ma haquenée,
Que j’aille faire une promenade ;

  Mets-lui une bride d’argent en tète,
Et une selle dorée sur le dos ;

  Et une selle dorée sur le dos,
Aux deux pieds des fers d’or jaune ;

  Elle sera ferrée d’or jaune,
Pour aller à Sainte-Anne de Vannes. (1)[2]

II

  Le seigneur Lezobre disait,
En arrivant à Sainte-Anne :

  — Bonjour, madame sainte Anne,
Je suis venu bien jeune vous voir ;

  Je n’ai pas dix-huit ans accomplis
Et pourtant j’ai pris part à dix-huit combats ;

  Et je les ai tous gagnés,
Grâces à vous, sainte Anne de Vannes ;

Faites-moi encore gagner le dix-neuvième,
Et je vous donnerai cinquante écus ;

  Oui, cinquante écus, en argent blanc,
Et autant en or jaune ;

  Je vous ferai de plus un présent,
Qui sera beau le jour de votre pardon ;


  Je vous donnerai une croix d’or fin,
La plus belle qui sera à la foire de Quintin ;

  Je vous donnerai un tabernacle (un dai),
Et un sacrement (ostensoir) tout d’or ;

  Je vous donnerai encore une croix d’argent,
Avec un encensoir et une lampe ;

  Je vous donnerai encore une bannière blanche,
Avec sept clochettes d’argent à son extrémité ;

  Avec sept clochettes d’argent à son extrémité,
Et une tige de baleine pour la porter ;

  Garnitures pour vos sept autels,
Et une grande messe chaque vendredi :

  Je vous donnerai encore une ceinture de cire
Qui fera trois tours à votre muraille ;

  Qui fera trois fois le tour de votre maison,
Et viendra se nouer sur le marchepied (de l’autel). —

  Il n’avait pas fini de parler,
Que sainte Anne de Vannes prit la parole :

  — Vas au combat, dit-elle, Les Aubrays,
Je serai là aussitôt que toi ! —

III

  Le seigneur de Koat-ar-Skevel demandait,
Un jour, à Les Aubrays :

  — Je te souhaite le bonjour, Les Aubrays ;
Es-tu venu seul au combat ? —

  — Il n’est venu que moi pour combattre,
Il n’est venu que mon petit page et moi ;

  Il n’est venu que mon petit page et moi,
Et Dieu et la Vierge Marie ;

  La Vierge Marie bénie,
Et madame sainte Anne de Vannes ! —

  — J’ai des lettres de la part du roi,
Pour te tuer, Les Aubrays. —

  — Si vous avez des lettres de la part du roi,
Donnez-les moi, pour que je les lise. —

  — Le moindre soldat de ma troupe
Ne les donnerait pas à un âne comme toi ! —

  — Si je suis âne, bien certainement.
Je ne suis pas âne de nature ;

  Je ne suis pas âne de nature,
Mon père était, dit-on, un homme sage. —


  — Avant que tu t’en ailles de là,
je saurai si cela est vrai. —

  Il n’avait pas fini de parler,
Qu’il a étendu Koat-ar-Skevel à terre ;

  Il a étendu Koat-ar-Skevel à terre,
Ainsi que cinquante de ses soldats.

  Son petit page est de l’autre côté,
Et en fait autant, ou davantage.

  Koat-ar-Skevel disait
Au marquis de Les Aubrays, en ce moment :

  — Voudrais-tu m’écrire une lettre,
Pour l’envoyer à ma femme, qui est à la maison ?

  Pour l’envoyer à ma femme et à mes enfants,
Pour leur dire que leur père sera mort à l’armée ?

  Car mes enfants seraient déshonorés,
S’ils apprenaient que c’est contre toi que j’ai combattu ;

  S’ils apprenaient que c’est contre toi que j’ai combattu,
Puisque j’ai perdu le combat ! —


Chanté par Marie Daniel, commune de Duault.


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LES AUBRAYS
ET LE MORE DU ROI.


SECONDE VERSION.
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I

  Koat-ar-Ster et Les Aubrays
Se sont entendus au sujet d’un combat.

  Que Dieu leur donne bon voyage,
Et à ceux qui resteront à la maison, bonne nouvelle !

  Le seigneur Koat-ar-Ster disait,
En arrivant sur le pavé de Tréguier :

  — Bonjour et joie à vous tous dans cette ville,
Où est le seigneur Les Aubrays ? —

  — Si c’est Les Aubrays que vous demandez,
Seigneur Koat-ar-Ster, c’est à lui-même que vous parlez.

  — Tiens, voilà une lettre, Les Aubrays,
Qui t’est envoyée de la part du roi. —

  — Si elle m’est écrite par le roi,
Donnez-la moi alors, pour que je la lise. —


  — Le moindre soldat qui est dans ma troupe,
Ne te tendrait pas la main, âne ! —

  — Si je suis âne, bien certainement,
Je ne suis pas âne de nature ;

  Je ne suis pas âne de nature,
Car mon père avait la réputation d’être sage ;

  Si vous n’avez pas connu mon père,
Bientôt vous connaîtrez son fils ! ...

  Sellez, mon page, ma haquenée blanche,
Et mettez-lui une bride d’argent en tête,

  Et une selle dorée sur le dos,
Pour qu’elle soit belle pour porter un âne !

Et quand mon cheval tomberait à chaque pas,
Il faut que j’aille cette nuit à Vannes. —

II

  Le seigneur Les Aubrays disait,
En arrivant à Sainte-Anne :

  — J’ai pris part à dix-huit combats,
Et celui-ci sera le dix- neuvième ;

  Ce sera mon dix-neuvième, le dernier,
Car il me brisera le cœur.

  Je vous donnerai, ô Vierge, ma mère chérie,
Sept parures, pour vos sept autels. —

  Il n’avait pas fini de parler.
Que la Vierge lui a répondu :

  — Oh ! oui, tu es toujours mon fils,
Retourne, vite, à la maison, Les Aubrays ;

  Les Aubrays, retourne, vite, à la maison,
Et n’emmène personne avec toi au combat ;

  N’emmène personne avec toi à ce combat,
A moins que ce ne soit ton petit page. —

III

  Le seigneur Koat-ar-Ster dit
Au seigneur Les Aubrays, quand il l’entendit :

  — Vous n’êtes pas un homme aimé dans votre pays,
Puisque vous n’êtes pas venu avec des soldats. —

  A peine avait-il dit ces mots,
Que Koat-ar-Ster était couché à terre,

  Avec cinquante de ses soldats,
Et cinquante autres avaient pris la fuite !


  Mais huit jours après cela,
Une lettre était arrivée à Les Aubrays.

  — Les Aubrays, voilà une lettre,
Qui vous est envoyée de la part du roi. —

  — Si elle m’a été écrite par le roi,
Donnez-moi la, pour que je la lise. —

  — Il vous commande, dit le petit page,
D’aller jouer contre son More. —

  — Apprenez-moi donc, petit page,
Les manières et les ruses de guerre du More. —

  — Je ne vous apprendrai pas cela,
De crainte d’être dénoncé. —

  — Aussi vrai que j’ai la mort à passer,
Petit page, je n’en dirai jamais rien. —

  — Le More, sitôt qu’il sera entré dans la salle,
Mettra bas ses habits ;

  Faites comme lui, et quand il fera un bond en l’air,
Présentez votre épée pour le recevoir :

  Dès que vous le verrez dégainer,
Lancez-lui de l’eau bénite :

  Quand il vous demandera de le laisser se reposer,
Ne lui accordez pas de répit ;

  Car celui-là a sur lui des herbes,
Qui ne sont pas longtemps à guérir les blessures. —

  Cependant le More disait
Au seigneur Les Aubrays qui le serrait de près :

  — Seigneur Les Aubrays, si vous m’aimez,
Vous m’accorderez un peu de repos ? —

  — Ho ! ce n’est pas pour nous reposer
Que nous sommes venus tous les deux à ce jeu ! —
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

  Plus tard le roi, tout désolé,
Dit à Les Aubrays :

  — Tu as tué le défenseur de ma vie,
Veux-tu rester avec moi dans mon palais ? —

  — Je ne resterai pas avec vous dans votre palais,
Car ma mère est veuve depuis peu de temps ! —


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(1) Cette version a été recueillie non loin de la montagne de Bré, par le vénérable recteur de Saint-Laurent, M. Quémar, bien connu pour son amour éclairé de notre vieille langue, et ses encouragements et ses conseils précieux à ceux qui s’en occupent. Il l’a fait imprimer à Lannion, chez Le Goffic, mais l’édition n’a pas été mise dans le commerce.


LES AUBRAYS
ET LE MORE DU ROI.


TROISIÈME VERSION.
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I

  Entre Koat-ar-Skin [1][3]et Les Aubrays
A été arrêtée une armée (une rencontre) ;

  A été arrêté un combat ;
Que Dieu leur donne bon combat !

  Que Dieu leur donne bon combat,
Et à leurs parents, à la maison, bonne nouvelle ! ...

  Le seigneur Les Aubrays disait,
Un jour, à son petit page :

  — Selle-moi, vite, ma haquenée blanche,
Et mets-lui sa bride d’argent en tête ;

  Mets-lui sa bride d’argent en tête,
Et son collier d’or au cou ;

  Apprête aussi ton cheval Rouen (1)[4]
Pour que nous allions à Sainte-Anne de Vannes.

II

  Le seigneur Les Aubrays disait,
En arrivant à Sainte-Anne :

  — J’ai assisté à dix-huit combats,
Et j’ai gagné les dix-huit ;

  Et j’ai gagné les dix-huit,
Grâces à vous, sainte Anne de Vannes ;

  Faites-moi gagner le dix-neuvième,
Et je serai couronné dans la Trinité. (2)[5]

  Et je vous achèterai une ceinture de cire,
Qui fera le tour de toutes vos terres ;

  Fera le tour de votre église et du cimetière,
Et de toute votre terre bénite ;

  Je vous achèterai une bannière rouge,
Qui sera dorée des deux côtés.


III

  Le seigneur de Koat-ar-Skin disait,
Ce jour-là, à son petit page :

  — Je vois venir un âne,
Monté sur une haquenée blanche ! —

  — Le seigneur Les Aubrays dit
A Koat-ar-Skin, sitôt qu’il l’entendit :

  — Si je suis un âne, bien certainement,
Je ne suis pas âne de nature ;

  Je ne suis pas âne de nature,
Mon père était, dit-on, un homme sage ;

  Si tu n’as pas connu mon père,
Moi, je te ferai connaître son fils ! —

  Alors ils sont allés combattre,
Et le seigneur Les Aubrays a gagné.

  Le seigneur de Koat-ar-Skin disait
A Les Aubrays, voyant qu’il gagnait :

  — Au nom de Dieu, Les Aubrays,
Au nom de Dieu, donne-moi quartier ! —

  — Je ne te donnerai pas de quartier,
Car toi, tu ne m’en aurais pas donné. —

  Au nom de Dieu, Les Aubrays,
Laisse-moi la vie ! —

  — Je ne te laisserai pas la vie,
Car toi, tu ne m’aurais pas laissé la mienne. —

  — Au nom de Dieu, Les Aubrays,
Charge-toi de mes enfants. —

  — Je ne me chargerai pas de tes enfants,
Mais je les laisserai aller en liberté ! —

  A peine eut-il dit ces mots,
Que Koat-ar-Skin fut tué par lui.

IV

  Des lettres furent envoyées au roi,
Pour lui annoncer que Koat-ar-Skin avait été tué.

  Et le roi de France disait,
Un jour, à son petit page :

  — Page, page, mon petit page,
Toi qui es diligent et alerte,

  Va-t-en dire à Les Aubrays
De venir combattre contre mon More ...


  Et le petit page disait,
En arrivant à Lannion :

  — Bonjour et joie à tous dans cette ville,
Où est le Seigneur Les Aubrays ? —

  Le seigneur Les Aubrays, en entendant cela,
A mis la tête à la fenêtre ;

  Et a mis la tête à la fenêtre,
Et a salué le page du roi.

  — Bonjour à vous, seigneur Les Aubrays ! -
— Et à vous aussi, page du roi !

  Et à vous aussi, page du roi,
Qu’est-il arrivé de nouveau. —

  — Il vous est ordonné, Les Aubrays,
De venir combattre contre le More du roi. —

  — Au nom de Dieu, page du roi,
Apprends-moi le secret de ce More-là.

  Et je te donnerai un bouquet,
Au milieu duquel il y aura quatre mille écus. -

  — Je vous dirai bien son secret,
Mais vous n’en parlerez jamais à personne :

  Quand commencera ce combat,
Jetez vite vos habits sur les siens ;

  Et lancez-lui de l’eau bénite,
Aussitôt qu’il aura dégainé :

  Alors il fera un bond en l’air :
Mettez votre épée pour le recevoir :

  Aimez mieux perdre votre épée,
Les Aubrays, que perdre votre vie ! —

  Le seigneur Les Aubrays, ayant entendu,
A mis la main dans sa poche ;

  Il lui a donné son bouquet,
Avec quatre mille écus au milieu.

V

  Le seigneur Les Aubrays disait,
En arrivant à Sainte-Anne :

  — J’ai pris part à dix-neuf combats,
Et j’ai gagné les dix-neuf ;

  Et j’ai gagné les dix-neuf,
Grâces à vous, sainte Anne de Vannes ;

  Faites-moi encore gagner le vingtième,
Et je serai couronné au Guéodet.

  Je vous achèterai une bannière blanche,
Qui aura sept clochettes à chaque extrémité ;

  Qui aura sept clochettes d’argent à chaque extrémité,
Et une tige de baleine, pour la porter ;

  Je vous achèterai en présent
Un calice d’or et un sacrement (ostensoir),

  Et qui sera beau pour vous faire honneur,
Car vous aurez fait un grand miracle en ma faveur. —

VI

  Le seigneur Les Aubrays disait,
En arrivant dans le palais du roi :

  — Bonjour à vous, sire, et même roi,
Qu’avez-vous de nouveau ? —

  — Il t’a été ordonné, Les Aubrays,
De venir combattre contre mon More ;

  Tu as tué Koat-ar-Skin,
Qui était un de mes plus grands amis ;

  Mais si tu as tué Koat-ar-Skin,
Tu ne tueras pas mon More. —

. . . . . . . . . . . . . . . . . .

  Quand il entra sur lui dans la grande salle,
Il lui lança de l’eau bénite.

  Quand le More jette ses habits à terre,
Les Aubrays jette les siens dessus ;

  Quand le More fait un bond en l’air,
Il présente son épée, pour le recevoir.

  — Au nom de mon Dieu, Les Aubrays,
Retire ton épée ! —

  — Je ne retirerai pas mon épée,
Car toi, tu n’aurais pas retiré la tienne. —

  — Au nom de mon Dieu, Les Aubrays,
Laisse-moi la vie ! —

  — Je ne te laisserai pas la vie,
Car toi, tu ne m’aurais pas laissé la mienne ! —

  Il n’avait pas fini de parler,
Que le More noir a été tué.

  Le More noir a été tué,
Et Les Aubrays est sorti.

  Il a rencontré le petit page du roi,
Et lui a donné un second bouquet ;

  Il lui a donné un second bouquet,
Avec quatre mille écus au milieu.

  Le roi disait alors à Les Aubrays,
Au moment où il sortait :

  — Mon Dieu, serait-il possible
Que tu as tué mon More ? —

  — Oui, j’ai tué votre More,
Et je vous tuerai aussi, si vous voulez ! —

  — Au nom de Dieu, Les Aubrays,
Laisse-moi la vie,

  Et reste avec moi dans mon palais,
Je te ferai roi après moi ! —

  — Je ne resterai pas avec vous dans votre palais,
Car ma pauvre mère est veuve ;

  Car ma pauvre mère est veuve,
Et cela lui ferait de la peine ! —

VII

  Le seigneur Les Aubrays disait,
En arrivant dans la ville de Lannion :

  — J’ai pris part à vingt combats,
Et je les ai tous gagnés,

  Grâces à vous, sainte Anne de Vannes,
Je serai couronné au Guéodet ;

  Je serai couronné à Saint-Louis,
Et je n’ai pas encore vingt ans accomplis ! —


Chanté par le Petit-Tailleur,
au bourg de Plouaret, 1863.


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NOTE.


Les trois versions que je donne de Lezobre correspondent au poème de Lez-Breiz du Barzaz-Breiz, un des plus importants de ce recueil et par son étendue (de la page 79 à 111) et par la haute antiquité que M. de La Villemarqué lui attribue. M. Pol de Courcy est loin de partager l’opinion du savant auteur du Barzaz-Breiz, relativement a l’antiquité et à l’attribution. Voici comme il s’exprime à ce sujet, dans son excellent itinéraire De Rennes à Brest et à Saint-Malo (collection des Guides Joanne, Hachette, éditeur, pages 201 à 303). « Les Dames hospitalières de Saint Augustin sont établies, depuis 1650, près de la chapelle de Sainte-Anne, chapelle qui, suivant la tradition, doit son origine à la piété d’un seigneur des Aubrays, de la maison de Lannion, protégé par sainte Anne dans un combat contre un magicien Maure. Cette tradition s’appuie sur une ballade bretonne très-répandue dans le pays de Goello et insérée dans le recueil des chants populaires publiés par M. de La Villemarqué. Il semble pourtant que le savant éditeur ait attribué à cette ballade une date beaucoup trop ancienne, en traduisant Les Aubrays par Lez-Breiz (hanche, et au figuré, soutien de la Bretagne), surnom qu’il donne à Morvan, roi des Bretons, tué en 818, dans une rencontre avec les Francs de Louis le Débonnaire. Les Aubrays est le nom d’une seigneurie du pays de Retz, apportée en mariage, en 1455, à Rolland de Lannion, par Guyonne de Grezy, dame des Aubrays. La ballade ne peut pas, par conséquent, être antérieure à cette époque, et nous la croyons bien plus moderne. ... Le poëte populaire dit que le seigneur des Aubrays, vainqueur du Maure du roi, fut plus tard décapité par les Français, et recapité par un ermite[6]. La tradition du pays de Goello, en conservant de génération en génération le souvenir de sa bravoure et de sa force extraordinaires, dit seulement qu’on lui scia la tête ; et l’on montre, dans le caveau délabré de Kermaria-Nisquit, en Plouha, un crâne d’une solidité remarquable, dont la partie supérieure porte des traces évidentes de l’opération. Or le testament de Jean de Lannion, châtelain des Aubrays et seigneur de Lizandré, en Plouha, daté du 21 janvier 1051, et publié par M. Ch. de Keranflec’h[7], ordonne que : « Son corps soit mis dans le caveau qui est sous la grande tombe élevée au milieu du choeur, en l’église de Kermaria. » L’identité du héros des chants trégorois et cornouaillais ne peut donc guère faire l’objet d’un doute ; la partie historique de ses exploits est moins facile à démêler de la partie légendaire. Nous pensons d’ailleurs que le curieux poëme inséré dans le Barzaz-Breiz est, comme beaucoup de pièces de ce genre, une œuvre de rapsodes, dont des fragments appartiennent a des époques et à des héros différents. »


  1. (1) Les Aubrays, nom d’une seigneurie de la maison de Retz, apportée en mariage, en 1455, à Rolland de Lannion, par Guyonne de Grézy, dame des Aubrays.
  2. (1) Sainte-Anne d’Auray.
  3. (1) Les chanteurs disent tantôt Koat-ar-Skinn, tantôt Koat-ar-Skevel, et d’autres fois Koat-ar-Ster. Je trouve le nom de Koat-ar’-Skinn dans un autre gwerz, Ann aotro Kerdadraon, que l’on lira plus loin.
  4. (1) J’ignore si cette expression sigifie un cheval normand, du pays de Rouen ; mais je sais qu’on désigne aussi par ces mots, en parlant de chevaux, une nuance particulière, d’un bai tirant sur le jaune.
  5. (2) Ne serait-ce pas plutôt au Guéodet, comme il est dit plus loin ?
  6. Ce détail ne se trouve dans aucune des versions que j’ai recueillies ; on n’y voit nulle part figurer le moine ou ermite de la ballade de M. de La Villemarqué.
  7. Voir pour plus amples détails, Revue de Bretagne et de Vendée, septembre 1857, un excellent travail de M. de Keranflec’h, sur la chapelle de Kermaria-Nisquit, en Plouha.