Cham - Albums du Charivari/La Saison des eaux

Journal le Charivari (5p. 289--).

LA
SAISON DES EAUX

Par Cham
Par Cham



Un mari jaloux au bains de mer.



Paris
Paris
AU BUREAU DU JOURNAL LE CHARIVARI,
16, RUE DU CROISSANT.
filet
filet
Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard, 36.
À DIEPPE.

— Ah çà, quelle est cette mauvaise plaisanterie ? vous allez me compromettre avec votre baquet et vos brosses ; on va croire que je suis dans un état de malpropreté affreux.

— Ma chère, je t’en prie, mets un autre costume… tu ne peux pas dîner à table d’hôte comme cela !

— Allons donc ! dans une ville de bains !… c’est un costume fait exprès pour ces endroits-là !

— De grâce, ôtez-moi ce baquet de dessus la tête !

— Du tout, madame… je vous le laisserai pendant tout le temps que vous prendrez votre bain… Vous êtes connue pour marchander les baigneurs, je ne veux pas qu’on vous reconnaisse… on supposerait que j’ai baissé mes prix.

— Ah ! mon Dieu ! quelle est donc cette machine qui entre chez moi ?

— Tu ne reconnais pas ton mari ?… on m’a volé tous mes habits pendant que je me baignais ; on ne m’a laissé que ma tente !

— Oui, mesdames, je vais aux bains d’Ostende.

— C’est juste ! pour vous baigner dans votre parc.

— Vous allez à Dieppe ? je vous recommanderai un baigneur.

— Non, je vais à Baden-Baden.

— Je vous recommanderai un danseur.

Inconvénient de se promener sur la plage de Dieppe avec de beaux habits quand on a des connaissances parmi les baigneurs.

— Sapristi !… ma femme avec deux jeunes gens !… Décidément l’air de la mer ne me vaut rien.

— Monsieur aurait-il l’obligeance de me prêter vingt-cinq francs, quoiqu’il me soit facile de les gagner, car monsieur pourrait bien tomber à la mer de l’endroit où il est placé, et j’aurais vingt-cinq francs de prime en le repêchant ?

— Diable ! j’aime mieux vous les prêter.

— Voyons, Adélaïde, voilà plus de deux heures que tu ramasses du galet sans en trouver un seul à ton goût, comment te le faut-il ?

— J’en cherche un comme ceux que l’on voit dans les boutiques, à Paris, avec des peintures à l’huile dessus des vues maritimes.

ASPECT DES BAINS DE MER EN 1854.
EFFETS DES BAINS DE MER.

— Voilà trois années consécutives que je mène ma femme aux bains de mer, — vous voyez le résultat.

UNE COMMISSION.

— Puisque vous partez, vous seriez bien aimable de vous charger de ces deux cruches pour me les rapporter pleines d’eau de Vichy.

— C’est trop fort… voici quarante-huit heures que je suis à Vichy, et on ne m’a encore rien donné à manger !

— Tiens ! vous mangez donc ?… j’avions supposé que vous étiez venu à Vichy parce que vous n’aviez plus d’estomac !

EFFET DES EAUX DE VICHY.

— Monsieur est malade, qu’il a sonné à deux heures du matin ?

— Allez me chercher tout de suite deux gigots de mouton !

— Mossieu, mossieu, levez-vous !….. il est trois heures du matin ; votre bain est prêt ; vous allez perdre votre tour !

Voiture de bains aux boues de Saint-Amand.

— Madame veut sortir de son bain ?

— Oui, apportez-moi deux serviettes et un décrotteur.

Exercice recommandé aux malades par le médecin des bains aux boues de Saint-Amand. État de malpropreté dans lequel on vous apporte votre journal à Saint-Amand.

— Docteur, voyez dans quel état de maigreur sont mes jambes… À quelles eaux me conseillez-vous d’aller ?

— Ma foi, je ne vois guère que les eaux de Cauterets qui puissent convenir à ces jambes-là !

— Docteur, depuis quelque temps ma fille est triste… elle ne parle plus… à quelles eaux faut-il l’envoyer ?

— Il faut l’envoyer à Baden… où il y a un salon de conversation.

PROMENADE AU BORD DU LAC D’ENGHIEN.

— C’est trop fort… être assailli par plus de dix mille moucherons !… moi qui étais venu ici pour chercher la solitude !

AUX EAUX D’AIX-LA-CHAPELLE.

— Tu pleures Charlemagne ?… quelle plaisanterie ! tu ne le connaissais pas, tu ne l’avais jamais vu !

— Je lui dois plusieurs excellents déjeuners que j’ai faits du temps que j’étais au collège.

— Faites comme moi, ma chère, allez aux Eaux-Bonnes… ça m’a beaucoup fortifié la poitrine.

L’administration des Eaux-Bonnes se procurant des personnages qui sont censés venir aux eaux par reconnaissance.
EAUX DES PYRÉNÉES.
Recommandées aux personnes qui désirent retrouver de l’activité dans les jambes.
Inconvénient pour deux promeneurs de se rencontrer sur une grande route des Pyrénées.

— Tenez, docteur, vos eaux c’est des blagues… ça ne me fait seulement pas repousser ma jambe !

— Ces gredins de Bédouins nous envoient avec nos blessures aux eaux de Bourbonne ; mais nous les envoyons nous autres faire connaissance avec des eaux bien plus désagréables encore, les eaux du Styx !

L’HABITUDE DE LA DISCIPLINE.
LE CAPITAINE. — C’est bien… c’est bien… rasseyez-vous.
EAUX DE CONTREXÉVILLE.

— Ah ! mon Dieu ! qu’est-ce que c’est que tous ces chiffres qui surnagent dans ma baignoire ?

— Monsieur, c’est le signe de votre guérison ! c’est un calcul que vous aviez dans la vessie et que l’eau de Contrexéville a fait sortir.

— Sapristi !… qu’est-ce que ça veut dire ?… m’envoyer ma douche quand j’ai encore mes vêtements !

— Je suis très-pressé… j’ai beaucoup d’autres baigneurs qui attendent je n’en finirais pas si je donnais à chacun le temps de se déshabiller !

— Dirigez bien le jet sur mes jambes.

— Oui, monsieur… (Ah ! tu ne donnes jamais rien au garçon eh bien ! c’est le garçon qui va t’en donner un pourboire !)

EAUX GAZEUSES DE GROESBECK.

Baigneur ayant eu l’imprudence de faire charger un peu trop son bain.

LA TABLE D’HÔTE À DIEPPE.

— Monsieur a déjà une place.

— Ça ne fait rien… l’air de la mer m’a ouvert l’appétit, j’ai très-faim : je mangerai encore à ces deux autres places !

À SPA.

— Sapristi ! ils ne me laisseront pas une minute tranquille… pas même chez moi !… ils sont enragés pour vouloir vous faire acheter des boîtes, dans ce pays-ci !

— Sapristi ! c’est assommant à la fin… est-ce que vous n’avez pas autre chose que cela à me donner à manger ?

— Non, monsieur, à Vichy on ne mange absolument que des pastilles D’Arcet.

LES EAUX CHAUDES.

— Sapristi, garçon, je suis donc moins qu’un œuf ? Si j’en étais un, vous regarderiez au moins à votre montre pour voir si je ne cuis pas trop longtemps.

Costume de toute nécessité aux bains de Hammam-Meskhoutin (Algérie).
Un monsieur qui a eu l’imprudence de rester trop longtemps dans des eaux très-ferrugineuses. Danger de causer, quand le temps est orageux, avec une personne qui prend des bains ferrugineux.
EAUX DES FORGES.
Méthode toute particulière que l’on emploie aux Forges pour vous masser au sortir du bain.
Manière d’engraisser les malades aux Forges.
Manière de s’accoster aux bains de Barèges, dont les eaux sont réputées excellentes pour toutes les maladies contagieuses de la peau.
À BARÈGES.

— Allons, décidément je ne serai pas venu à Barèges pour rien… voilà les eaux qui produisent déjà leur effet sur l’or de ma montre.

RETOUR DES BAINS DE BARÈGES. La société habituelle des eaux d’Aix
(en Savoie).
AUX EAUX D’ALLEMAGNE.

— Monsieur est maître d’armes ?

— Non, je suis étudiant.

— Diable ! il paraît que les études sont sabrées dans ce pays.

À BADEN-BADEN.

— Laissez-moi tranquille avec vos adresses je vous dis que ma femme n’a pas besoin de danseur !

— Quelle imprudence j’ai commise en amenant ma femme aux eaux de Baden, où il y a un salon de conversation !… Il est clair que si je l’y laisse entrer il n’y aura plus moyen de l’en faire sortir, elle est si bavarde !

WIESBADEN.
Séjour excellent pour les personnes qui ont besoin d’excitants pour leur système nerveux.
OSTENDE.

— Monsieur désire-t-il faire une partie de canot ?

— Sapristi ! le drôle ne me donne seulement pas le temps de lui répondre !

EFFET DES EAUX DE NIEDERBRUNN.

— Bonjour, madame, comment vous… Ah ! diable !… voici que ça me prend !

— Monsieur, vous êtes bien bon… Voilà que ça me travaille !

— Excusez-moi, madame, si je vous quitte.

— Excusez-moi, monsieur, si je ne vous retiens pas.

(Tous deux s’en vont très-vite.)
À HOMBOURG.

— Monsieur se rend au salon de conversation aurait-il l’obligeance de payer sa note avant ?

— Avant !… Pourquoi cela ?

— Parce que monsieur ne pourrait probablement plus la payer après.

RETOUR DE HOMBOURG.

— Comment te trouves-tu des eaux de Hombourg ?

— Complètement guéri… mais il ne me reste plus rien… gueuse de roulette !… Prête-moi dix francs ?

AUX EAUX DE BADEN BADEN.
Le monsieur qui a fait sauter la banque.

— Votre femme s’est-elle bien trouvée des eaux de Vichy ?

— Parfaitement.

— Elle y a retrouvé l’appétit ?

— Complètement, puisqu’elle s’y est tuée d’une indigestion.

— Mais c’est affreux ! Comment ! voilà mon mari qui revient de Vichy ; je ne l’ai pas vu depuis trois mois, et sa première visite est pour la cuisine !

— L’effet des eaux, ma chère ; donne-moi à manger, je t’embrasserai après.

RETOUR DE BADEN-BADEN.

— Ah ! mon Dieu ! mon mari m’est revenu fou !

— Oui, ma chère, fou de la valse… Mon Dieu ! que tu valses mal ! Il faut que je cherche une autre femme avec laquelle je puisse valser ; il me serait impossible de vivre maintenant avec toi si tu ne parviens pas à aller mieux que cela !